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"Mort aux vaches,
vive l'anarchie"
(G. Brassens)

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 13:33

 

 

Bonjour les l@pins !

 

Oui, oui ! J’ai vu l’autre jour sur France 5 ‘La vérité sur l’arche de Noë’ http://www.france5.fr/emission/la-verite-sur-larche-de-noe . Mon expression d’autre jour étant sans aucun doute très discutable puisque l'émission avait été programmée la veille de Noël 2014 et rediffusé le 10 Janvier 2015. Comme je l’avais enregistrée lors de son premier passage, et que ce n’est qu’en recevant vos mails me demandant ce que j’en pensais que je l’ai regardée -enfermé dans mes activités prenantes et intenses de retraité ;)… je l’avais oubliée- ; c’est donc bien pour moi un autre jour peu lointain car mon ‘visionnage’ ne remonte tout au plus qu’à une semaine.

 

Ce que j’en pense ?

Rien… !

Que voulez-vous que j’en pense si ce n’est que, comme d’habitude, il convient de remettre à l’heure nos connaissances sur la question, celles que je vous avais transmises en cours il y a quelque 5 ans et plus et, pour ce faire, il conviendrait d’aller plus loin que ce documentaire en consultant l’ouvrage qu’a publié Irving L. Finkel, The ark before Noah (Hodder and Stoughton, London, 2014).

Je viens de le commander sur http://www.amazon.fr/Ark-Before-Noah-Decoding-Story/dp/1444757083/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1426509799&sr=8-1&keywords=The+ark+before+Noah -non, aucune traduction ne semble avoir été publiée-.

Sans doute y a-t-il également une publication scientifique.

J’avoue ne pas l’avoir cherchée pour l’instant.

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MàJ du 5 mai.

Oh ! Les râleurs ! On se calme et l'on regarde la date de mise en ligne d'un post avant de critiquer niaisement !

Oui : le livre d'Irving L. Finkel est désormais disponible en français (http://www.editions-jclattes.fr/livre-l-arche-avant-noe-irving-finkel-589263 avec date de parution en avril 2015), mais il ne l'était pas lorsque ce billet a été rédigé (le post, lui, date du 23 mars 2015 conformément à ce qu'a enregistré Overblog lorsqu'il a été mis en ligne et conformément qui est indiqué en haut de cette page).

On réfléchit un tout petit peu, merci :) !

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Quelques mots pour ceux qui ne seraient pas au courant.

 

Irving L. Finkel, assyriologue au British Museum, s’est intéressé à une tablette babylonienne parvenue dans les collections du musée londonien par le biais d’une famille d’amateurs qui la possédait depuis la Seconde Guerre mondiale et qui souhaitait savoir si elle avait un intérêt historique quelconque.

 

Etrange, parfois, le hasard…  

 

La tablette a été datée des env. de 1750 av. n.è.

Une divinité annonce à un certain Atra-hasis (l’Infiniment Sage et prototype de Noé) –(1)- l’arrivée imminente d’un déluge et lui ordonne, comme dans l’Epopée de Gilgamesh,  de détruire sa maison afin d’en récupérer les matériaux pour faire une arche circulaire ; un gigantesque coracle (v. par ex. http://decouvertes-archeologiques.blogspot.fr/2014/01/dapres-une-ancienne-tablette-dargile.html) que, compte-tenu de ses dimensions, il conviendrait de nommer kouffa à en croire l’une des précisions données dans le documentaire (mn. 10.15) 

 

Stoooooooop !

Voici la nouveauté, car le reste de l’aventure de ce Noé avant la lettre ne change guère la synthèse de l’ "affaire".

 

Ci-dessous, une capture d’écran faite à partir de l’émission diffusée sur France 5 qui montre le passage du texte mentionnant que le 'navire' (quel grand mot !) était rond (merci à Bling and Yap Ark Productions et à France 5 d’avoir la gentillesse de fermer les yeux du côté du Copyright étant entendu que si cet emprunt et ceux qui suivent devaient poser le moindre problème, comme je l’ai mentionné dans d’autres billets de ce blog, je retirerai les images concernées sur simple courriel. Merci :))

 

Noé et son arche… peut-être ronde comme une soucoupe volante :)

 

L’embarcation aurait donc été circulaire et, sur ce coup, je m’amuse, rigole, kife et jubile !

 

Au moins 20 ans que je suggérais dans mes cours que l’arche de Noé initiale (autrement dit celle de Zuisudra,  Uta-Napishtim et autres ‘sauvés des eaux’ d’un déluge) aurait pu être circulaire.

Pour vous rafraichir la mémoire, souvenez-vous de quelques-unes des illustrations que je vous proposais pour soutenir mes suggestions.

 

Couffin d’osier non mésopotamien mais vietnamien où il prend le nom de thuyền thúng (Musée de Douarnenez). Notre sujet joue la dérive des continents, certes, mais je vous rappelle les déboires photographiques que j’ai eus en Irak (http://le-bosse-fort.over-blog.com/2013/12/num%C3%A9riser-des-diapositives-5-5-reprise.html voir commentaire peu avant la photographie montrant la ziggourat d’Ur). J’avais fait des photos de coracles (ou kouffa) dans les marais du sud de l’Irak, mais les diapositives sont passées à la benne.  Pour un coracle mésopotamien, voir illustration suivante.

Couffin d’osier non mésopotamien mais vietnamien où il prend le nom de thuyền thúng (Musée de Douarnenez). Notre sujet joue la dérive des continents, certes, mais je vous rappelle les déboires photographiques que j’ai eus en Irak (http://le-bosse-fort.over-blog.com/2013/12/num%C3%A9riser-des-diapositives-5-5-reprise.html voir commentaire peu avant la photographie montrant la ziggourat d’Ur). J’avais fait des photos de coracles (ou kouffa) dans les marais du sud de l’Irak, mais les diapositives sont passées à la benne. Pour un coracle mésopotamien, voir illustration suivante.

D’après http://www.cherini.eu/etnografia/CCB/slides/Etno_0036.html

D’après http://www.cherini.eu/etnografia/CCB/slides/Etno_0036.html

Planche de Jacques Martin dans la 16ème aventure d’Alix, « La Tour de Babel » (Casterman, 1981). Puisque l’arche de Atra-hasis étaient ronde, bien vu les chevaux dans des coracles... ! (Un grand merci anticipé à Casterman et aux ayants droits du dessinateur pour l’emprunt de cette illustration que, ici comme ailleurs, je retirerai sur simple courriel si son insertion dans ce billet posait le moindre problème)

Planche de Jacques Martin dans la 16ème aventure d’Alix, « La Tour de Babel » (Casterman, 1981). Puisque l’arche de Atra-hasis étaient ronde, bien vu les chevaux dans des coracles... ! (Un grand merci anticipé à Casterman et aux ayants droits du dessinateur pour l’emprunt de cette illustration que, ici comme ailleurs, je retirerai sur simple courriel si son insertion dans ce billet posait le moindre problème)

 

Pour arriver à cette proposition d’une arche ronde, je m’appuyais sur le fait qu’il était invraisemblable que l’embarcation ait pu être carrée, conformément au texte de l’Epopée de Gilgamesh qui précise qu’elle devra être « équilatérale, à  longueur et largeur identiques » (2), et que, conformément aux prescriptions divines, Uta-Napishtim la réalisa sur une base de « 3 600m2 de superficie, 60m de flanc ; son périmètre externe carré sur 60m de côté …» (3).

 

Cette pré-arche de Noé fait songer à un cube éventuellement surmontée de plusieurs étages, soit alors un volume parallélépipédique, la flottaison se faisant non sur une grande mais une petite face (4). Or, à défaut d’avoir de solides notions de physique théorique, j’ai une grande expérience de jeux défiant l’équilibre avec des objets de toute forme alors que Sa Blondeur (ma fille) était dans la baignoire quand elle était bébé, et je sais par expérience qu’à la première ‘vagounette’ une embarcation ayant ces formes se retourne lamentablement :), même pas avec la grâce d’une crêpe que l’on fait sauter jusqu’au plafond.

 

Partant alors de la constatation selon laquelle quand les textes prébibliques donnent une précision sur les dimensions du bateau il n’y en a qu’une, l’idée un peu farfelue, j’en conviens, m’était venue que ce pourrait être la valeur non du côté d'un carré, mais d’un rayon ou d’un diamètre puisque l’iconographie des civilisations anciennes de la Mésopotamie montre des embarcations d’une forme qui nous est classique (elles ont alors, bien sûr, longueur, largeur, hauteur, comme l’arche la Bible -(5)-) et également des coracles, embarcations rondes, qui parfois, sont lourdement chargés de blocs de pierre.

Le British Museum en expose quelques exemplaires supportés par des bas-reliefs.

 

Si donc la découverte d’Irving Finkel est authentique, et je ne vois aucune raison d’en douter, ma suggestion qui déclenchait parfois la stupéfaction, parfois l’hilarité sympathique de la promotion à laquelle je m’adressais serait une réalité et, j’y reviens, car sur ce coup là je n’entends pas avoir le triomphe modeste : je m’amuse, rigole, kife et jubile :-).

 

La tablette étudiée par Irving Finkel mentionne que l’arche –comme celle de l’Epopée de Gilgamesh- devra avoir 1 acre (soit 3600 m2) pour quelque 200 pieds (60m) de diamètre ce qui représente une armature de 1.500 tonnes de bois (information donnée dans le documentaire de France 5) dans un environnement où les arbres sont rares pour ne pas dire inexistants. Le Dailymail a observé que ce coracle géant correspond à 6 bus à impérial (http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-2753211/Noah-s-Ark-revealed-Scaled-replica-based-4000-year-old-tablet-s-instructions-build-hand-India.html)

 

Irving L. Finkel a contacté Tom Vosmer (v. par ex. http://www.academia.edu/6791952/Indigenous_fishing_craft_of_Oman ), Eric Staples et Alessandro Ghidoni (v. par ex. http://www.readcube.com/articles/10.1111%2F1095-9270.12055, présentation qui concerne les trois spécialistes précités de la navigation d’autrefois) pour tenter la construction d’un kouffa comparable à celui décrit dans cette tablette.

 

A noter en passant que les reconstitutions à l'identique de navires d’antan ne sont pas une nouveauté. Parmi les essais les plus marquants s’inscrit la construction d’un navire de l’Egypte pharaonique. Le but était de savoir si, conformément à l’iconographie, les navires égyptiens avaient été capables de transporter les blocs de pierre nécessaires aux constructions de la vallée du Nil. Outre des publications, cette expérience a donné lieu à un film documentaire proposé par Arte (« Quand les Egyptiens naviguaient sur la Mer Rouge », film de Stéphane Bégouin, Arte France – S & Co- NHK – Musée du Louvre 2009,  http://www.arte.tv/fr/quand-les-egyptiens-naviguaient-sur-la-mer-rouge/2488878,CmC=2889346.htm ; le film est  disponible à la vente  http://boutique.arte.tv/f4710-quand_les_egyptiens_naviguaient_sur_la_mer_rouge)

 

Les réalisateurs contemporains du kouffa d’Atra-hasis savaient pertinemment que, comme le nombre de combattants mentionnés par Homère dans l’Iliade, les 60m de diamètre procédaient de l’exagération épique.

La mesure retenue sera donc divisée par 5.

Les 12 m de diamètre restants représentent déjà quelque 35 tonnes, poids maximum qu’il est possible, selon les calculs de ces spécialistes, d’envisager avec des matériaux procédant essentiellement de bois et de roseaux tressés selon les techniques millénaires imaginées pour construire des moudifs, étonnantes maisons que l’on rencontre dans les marais du Sud de l’Irak et qui apparaissent dans l’iconographie mésopotamienne la plus ancienne, notamment sur des sceaux.

 

Moudif – Le cercle tracé en façade indique celui qui aurait pu inspirer la construction des coracles lesquels auraient bien évidemment repris des techniques similaires. Capture d’écran du documentaire diffusé sur France 5 –même observation que précédemment concernant cet emprunt iconographique-.

Moudif – Le cercle tracé en façade indique celui qui aurait pu inspirer la construction des coracles lesquels auraient bien évidemment repris des techniques similaires. Capture d’écran du documentaire diffusé sur France 5 –même observation que précédemment concernant cet emprunt iconographique-.

 

Ils observent encore que la flottabilité fera remonter le fond du bateau ce qui pourrait disloquer la structure : plus l’arche sera grande, plus la pression sera forte et les 12 m. de diamètre retenus sont grandement suffisants même si, en cas de réussite, ils regretteront sans doute de ne pas avoir tenté une reconstitution d’une taille supérieure.

 

Comme dans l’Epopée de Gilgamesh (Tablette XII, vers 44 et s. –p188 de la traduction de Jean Bottéro-), la mise à l’eau de ce bateau réalisé dans le sud de l’Inde du fait de l’insécurité de l’Irak d’aujourd’hui, s’est faite avec des rondins de bois (et des boudins remplis d’air pour le kouffa reconstitué, évolution des techniques obligent).

 

Malgré quelques problèmes d’étanchéité lorsque l’embarcation fut dans l’eau, problèmes qui ont été résolus dans l’urgence et l’improvisation basée sur l’expérience (… comme le bâtiment égyptien évoqué plus haut), l’arche à fière allure :  jugez vous-même…

 

 

Kouffa reconstitué - Capture d’écran de l’émission de FR5 mentionnée ci-dessus

Kouffa reconstitué - Capture d’écran de l’émission de FR5 mentionnée ci-dessus

 

Il reste bien évident que ne peuvent décrire une réalité les textes prébibliques et bibliques qui content comment un homme, choisi par les dieux pour sa foi et sa modération dans la vie, embarqua dans une arche afin de sauver d'un déluge le genre humain ainsi que la faune et qui, pour cela, fit monter dans l'embarcation sa famille et un couple de chaque espèce animale.

 

J’invite les sceptiques à rechercher l’article déjà ancien (je n’ai rien vu passer de plus récent) de Lionel Szapiro, « Combien coûterait l’arche de Noé »,  publié dans Réponse à tout, n° 86, sept. 1997, pp. 68-69.

 

Outre le coût de la construction (estimé à 2 milliards de Francs et environ à 3 000 personnes travaillant à la réalisation du bâtiment pendant 2 ou 3 ans), il observe notamment que Noé et ses prédécesseurs auraient dû embarquer quelque 750 000 espèces avec un animal de chaque sexe plus, une fois à bord et au fil du temps, les bébés qui pourraient en résulter… Il est vrai que l’inondation est supposée n’avoir duré que 40 jours et 40 nuits et que « les eaux furent grosses sur la terre pendant cent cinquante jours » (Gen., 7, 12 et 24), ce qui fait court pour la durée de gestation de bien des animaux… quoique… (voir par ex. http://fr.wikipedia.org/wiki/Gestation ).

Et il aurait fallu nourrir tout ce ‘monde’ et donc disposer des stocks nécessaires (ce qui signifie espace pour les entreposer et construction d’un bateau capable d’en supporter le poids) en sachant que les seuls habitants à plumes, à poil et à nageoires du bois de Vincennes consomment par an 30 000 lit. de lait, 300 tonnes de foin, 120 tonnes de luzerne, 52 tonnes de poisson. Lionel Szapiro observe encore qu’entre l’Australie et l’Arabie, naviguent des tankers pétroliers reconvertis dans le transport d’animaux. On y dénombre 55 hommes pour s’occuper de l’alimentation de 125 000 moutons. Consommation d’eau douce : 100 000 lit. d’eau / jour !... Et il faut assurer une régénération de l’air ambiant toutes les 2 mn.

 

Dans son film Noé, Darren Aronofsky a identifié quelques-uns des obstacles qui viennent d'être soulevés et, indirectement, propose ses solutions.

Comment construire l'arche ?

Il fait intervenir des géants de pierre, anciens êtres de lumière déchus qui utilisent le bois d'une forêt poussée miraculeusement grâce à une graine que Mathusalem avait prélevé dans les Jardins d'Eden.

Comment réunir un couple des quelque 750 000 espèces qui marchent, volent ou rampent ?

Elles furent chacune guidées dans l'arche par Yahvé.

Et, pour éviter que le chat ne mange la souris et l’oiseau, le renard ou le loup le chat puis le lion ou le tigre le renard ou le loup et, du même coup, résoudre tous les problèmes d’intendances (nourriture, eau, entretien des animaux et de leur litière, etc.), il a imaginé que tous les animaux furent plongés dans un profond sommeil grâce à un super filtre à fumigation réalisé par Madame Noé.

Astucieux, certes... mais bien peu convaincant dans la réalité.

 

En songeant aux 750 000 espèces (à mon avis plus, n’oublions pas les variétés d’oiseaux, de papillons, de chenilles, d’escargots, de vermine en tout genre, etc.) ainsi qu’aux stocks alimentaires, puis en regardant la taille du kouffa illustré ci-dessus, on réalise sans peine qu'il faut réduire le côté quantitatif des légendes et qu’à l’origine du déluge devrait se trouver un paysan qui, face à une crue du Tigre et / ou de l’Euphrate, voulut sauver ce qu’il avait de plus précieux en embarquant sur un bateau sa famille et tout ou partie de ses bêtes -je reviendrai plus loin sur cette idée-. Il n’en demeure pas moins que l’Epopée de Gilgamesh tente de faire de l’aventure un mythe lié au désintéressement et à l’altruisme à l’égard du monde animal, sans doute parce qu’il résulte de la création divine : « Renonce à tes richesses pour te sauver la vie ! Détourne-toi de tes biens, pour te garder sain et sauf ! Mais embarque avec toi des spécimens de tous les animaux », ordonne Samas, le dieu qui entendait sauver Ut-Napishtim (6).

 

L’histoire se renouvela-t-elle plusieurs fois et y eut-il plusieurs Noé correspondant tant au personnage biblique qu’aux héros dont on trouve trace dans les tablettes mésopotamiennes, qu’ils se nomment Atra-hasis, Atram-hashum, Zuisudra, Ut-Napishtim, etc.? C’est possible. L’archéologie a trouvé trace de plusieurs crues importantes du Tigre et/ou de l’Euphrate, et l’on se souvient de la crue restée légendairement dramatique de la première moitié des années de 1950 (http://www.le-tigre.net/Le-Tigre-et-l-Euphrate.html ), avant que des barrages ne régulent les eaux.

 

Mais qu’ils soient un ou plusieurs, les Noé de l’affaire ont tous construit des embarcations fragiles qui obligent à revoir très, très grandement à la baisse ce qui fut embarqué. Faut-il rappeler que Noé est supposé avoir vécu à une époque où les hommes ne connaissaient pas le cuivre, et donc moins encore le bronze ou le fer, le clou métallique est donc inconnu, et que Yahvé ordonna en conséquence à Noé : « Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l'enduiras de bitume en dedans et en dehors ».

C’est du moins la traduction que donne La Sainte Bible traduite en français sous la direction de l’Ecole Biblique de Jérusalem (Ed. du Cerf, Paris, 1956)  pour Genèse, 6, 14 (7).

 

Quant au déluge biblique, il est réputé universel puisque «  les eaux grossirent de plus en plus, et toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel entier furent couvertes. Les eaux s'élevèrent de quinze coudées au-dessus des montagnes, qui furent couvertes. Tout ce qui se mouvait sur la terre périt, tant les oiseaux que le bétail et les animaux, tout ce qui rampait sur la terre, et tous les hommes […]» (Gen., 7, 19-21).

 

Il est bien évident que si l’on  accepte que le Mont Ararat sur lequel est supposé s’être échoué Noé (Gen., 8, 4) doive être identifié avec l’Agri Dagi (8), le Mont Masis des Arméniens, volcan qui se trouve aujourd’hui au Nord-Est de la Turquie et culmine à quelque 5 165m d’altitude, le déluge fut obligatoirement universel en vertu du principe élémentaire des vases communicants, cela même en tenant compte des précisions données par ex. par Imago Mundi (http://www.cosmovisions.com/mers.htm, voir le § ‘niveau des eaux marines’ ; pour illustration, cf. par ex. http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/dossiers/d/developpement-durable-eau-elle-encore-bleue-618/page/4/ ou encore http://en.wikipedia.org/wiki/Geoid, etc. )

 

Le problème provient du fait que cette identification repose essentiellement sur un rapprochement paronymique entre Ararat et royaume d’Ouratou et elle laisse grandement à désirer.

 

Il faut ici en appeler à Michel Thierry, spécialiste de l’Arménie, qui dans « Le lieu d'échouage de l'arche de Noé dans la tradition arménienne » (Syria, Tome 72, fascicule 1-2, 1995. pp. 143-158)-(9) fait preuve du plus grand des scepticismes.

 

En guise de préliminaires, il constate que la paronymie entre l’Ararat et l’Ourartou n’a aucune signification topographique « car l'Ourartou était un immense pays escarpé s'étendant de la chaîne du Taurus au Petit Caucase » (p. 143). L’Ararat = Ourartou = l’Agri Dagi en devient une localisation vide de tout élément permettant une localisation.

 

Il observe encore que l’identification de l’Ararat biblique connait une vaste concurrence qui fait visiter de nombreux lieux, et que s’est mise en place une sorte de tradition quasi-superstitieuse autour de l’Ararat / Agri Dagi grâce notamment à de possibles / probables détournements de légendes (en particulier celle de l’inviolabilité de la montagne sur laquelle Noé aurait échoué, v. sa p. 150) ainsi qu’à l’isolement et l’aspect des lieux qui sont à la fois majestueux et rébarbatifs, ce qui a dissuadé, pendant des siècles, les curieux d’aller voir s’il y traînait des vestiges de l’arche, d’autant que toute excursion en direction a été longtemps interdite par les autorités locales (p. 151-153). Cette tradition a fait son chemin bien qu’elle soit illogique puisqu’elle suppose que Noé passa par-dessus la chaîne du Taurus, masse de montage immense ;  « les fidèles n'avaient (et n'ont encore) que faire de logique et progressivement la légende fit son chemin » (p. 153). « Aujourd'hui, conclut-il, visitée par un nombre de plus en plus grand de sportifs, en quelque sorte banalisée, [l’expédition sur les pentes de l’Agri Dagi] a perdu son caractère sacré et la légende du vaisseau de Noé pris dans les glaces ne rencontre plus guère d'audience » (p. 156)… bien qu’il y ait toujours et encore des amateurs de merveilleux pour chercher l’arche sur les pentes du volcan (10).

 

Dans un tel contexte, personne ne paraît tenu de considérer l’Ararat / Agri Dagi comme une donnée acquise et incontournable dans le débat, d’autant que, de surcroît, on peut s’étonner que le lieu d’échouage de l’arche se trouve si loin, trop loin au nord.

Si le déluge ne fut jamais qu’une crue particulièrement violente du Tigre et / ou de l’Euphrate, ce qui semble le plus probable, Noé, comme d’ailleurs ses prédécesseurs,  a dû être entraîné dans le sens du courant des deux fleuves, c’est-à-dire être vers le Sud, en direction du Golfe Persique, et non vers le Nord, en direction du Caucase. Raisonner autrement serait illogique. L’identification de l’Ararat biblique avec l’Agri Dagi n’a de sens que dans le cadre d’un déluge universel car tout y devient possible du fait de l'imprévisibilité des vents et courants déchaînés par la violence du cataclysme.  L’ennui est que ce déluge universel constitue peut-être une ‘jolie’ légende (11)  mais il paraît devoir être rejetée au motif que les couches stratigraphiques de la planète n’en porte pas la moindre trace et qu’il n’y a pas assez d’eau pour que toutes glaces fondues des pôles et glaciers, tous nuages vides de pluie (12), les océans, mers, lacs, cours aient pu voir leur niveau s’élever pour atteindre les plus de 5 000m de l’Agri Dagi.

Avec le réchauffement climatique, les prévisions les plus pessimistes envisageant la fonte de tous les glaciers ne dépassent guère les 6 m. Admettons même 10, 15, 20m…

Nous sommes loin des quelque 5 000m de l’Agri Dagi !

 

Sans être le plat pays de Jacques Brel avec des cathédrales pour uniques montagnes, une bonne partie de la Mésopotamie, notamment sa partie basse, est parfois assez proche d’avoir pour tout relief, selon les époques, des ziggourats puis des mosquées avec ses minarets.

La ‘carte babylonienne’ dite de Ga-Sur (env. 2500 av. J.C, pour illustration http://blog3.luximer.com/en-savoir-sur-lhistoire-de-la-cartographie-marinehttp://commons.wikimedia.org/wiki/File:CD-001a-Tablette_de_Ga-Sur.jpg ) paraît éloquente en ne mentionnant des montagnes qu’à l’Ouest (probablement les Monts Sinjar, vers la ville de Tell Afar), et à l’Ouest (les Monts Zagros, vers l’Iran).

Rien au nord où se trouve pourtant, dans l’espace kurde, l’extrémité orientale de la chaîne du Taurus. A noter toutefois que le haut de la tablette est détérioré ce qui pourrait éventuellement expliquer cette lacune, à moins que le cartographe en ait ignoré l'existence pour une raison que nous allons tenter de dégager.

On observera en effet le sentiment d’imprécision générale qui semble se dégager de cette carte, et cette constatation va permettre de se demander ce qu’ont très exactement voulu signifier les rédacteurs de la Bible lorsqu’ils mentionnent à propos du déluge que «  les eaux grossirent de plus en plus, et toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel entier furent couvertes » (Gen., 7, 19-21).

 

Déluge universel ?...

 

Vous qui aimiez tant que, tel le Père Castor, je vous raconte des histoires, en voici une que je crois ne vous avoir jamais contée et que j’intitulerai Le Canard joue au Dolmush (taxi collectif) au cœur de l’Anatolie.

 

J’étais en prospection dans le sud de la Cappadoce, non au volant du Range qui illustre le bandeau de ce blog (http://le-bosse-fort.over-blog.com/2014/09/presentation-du-blog-du-canard-mise-a-jour.html), mais à celui d’un Land Rover que j’avais emprunté à mon employeur en partant du principe bien connu des quatre-quatreux : ce que je me marre avec un tout-terrain lorsque ce n’est pas le mien :-) ! La précision a son intérêt car elle explique que la roue de secours du véhicule pouvait se trouver devant moi, sur le capot moteur, et ce détail va avoir son importance.

 

Je roulais au pas sur une route de terre partiellement recouverte de caillasse et totalement défoncée au milieu de très hauts maïs tant et si bien que je n’avais aucune vue si ce n’était sur le chemin et la ‘forêt’ d’herbacés.

Soudain, sur la droite, surgit des maïs un grand gaillard d’une quarantaine d’années  portant dans ses bras un gigantesque tuyau d’arrosage roulé. Il me fait signe de m’arrêter. J’obtempère. Il m’explique qu’il va au village voisin et me demande si je peux l’y conduire. Bien sûr, ‘mon frère’ (kardeshim), réponds-je, je ne vais pas te laisser avec ton gigantesque et lourd tuyau ; allez, viens !

 

J’allais descendre de voiture pour ouvrir la porte arrière pour y installer le tuyau lorsque, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, je vis voler ledit tuyau qui atterrit pile-poile au centre de la roue de secours, mais qui ne tarda pas, telle une boule de glace qui fond à la chaleur, à ‘dégouliner’ de part et d’autre du pneumatique.

Ah ! Et… je conduis comment, là ?

Car je n’y voyais plus grand-chose. Quelqu’un surgirait des maïs sur ma droite, sur que je l’écraserais sans le voir !

J’entrepris d’expliquer à mon hôte que son installation était dangereuse, mais il n’en avait cure.

A Canard, rien d’impossible :-).

Allons-y donc dou-ou-ou-cement et plus encore, avec le pied gauche bloqué sous les pédales de frein et d’embrayage de manière à avoir un point d’attache pour pouvoir me mettre en rappel et tenter de voir le côté droit du chemin.

 

Mon passager réalisa très vite à mon piteux accent et à mon lamentable manque de vocabulaire (je ne parle même pas des gouffres que sont mes lacunes grammaticales car, dans les campagnes un peu reculées, les ruraux ne sont pas des experts) que j’étais étranger.

Je venais de lui dire que j’étais français lorsqu’il me demanda de m’arrêter pour prendre son fils et sa fille qui était dans son champ, juste à côté.

Dans ce paysage uniforme débordant de maïs à en faire pâlir van Gogh de jalousie, comment fit-il pour distinguer ses plantations de celles de ses voisins et savoir où étaient ses enfants ? Cela restera pour moi à jamais un grand mystère. Peut-être y avait-il un point de repère derrière le tuyau qui me bouchait la vue. En tout cas,  à l’endroit où il me fit stopper, sortirent effectivement des maïs deux gamins qui grimpèrent à côté de leur père avant que je n’ai eu le temps de les convier à s’installer à l’arrière ; mon dolmush se remplissait :-).

Et nous reprîmes la route et notre discussion.

 

La France... répéta-t-il d’un air songeur.

Puis, comme s’il se parlait à lui-même, il fit de la main un geste formant une spirale rappelant son tuyau d’arrosage et commenta il y a … -il cita 2 ou 3 villages voisins dont j’ai totalement oublié les noms-, puis Nevshehir, Istanbul, Ankara (on appréciera l’inversion) et, après la frontière, la France.

 

Que montre cette anecdote ?

Que si un homme d’environ quarante ans au début des années de 1980 (et qui a donc fréquenté l’école d’Atatürk) a une vue de l’espace essentiellement limité à son environnement immédiat (cet environnement est-il circulaire conformément au geste qui accompagna sa déclaration ?), la mention biblique selon laquelle les eaux du déluge couvrirent « toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel entier » ne signifie très vraisemblablement pas grand-chose de plus que l’inondation d’un relief limité à l’espace que côtoient quotidiennement ceux qui, les premiers, contèrent l’aventure.

 

Le déluge n’a rien d’universel…

 

Où situer le Mont Ararat ?

J’avoue n’en avoir aucune idée bien précise et ne pas trop m’en soucier.

Peut-être faut-il le chercher sur les contreforts des monts Sinjar qui dominent le Tigre (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nineveh_anticlinal_structures.svg). Les Yézidis, qui vivent dans cette région et ont récemment été les victimes de l’E.I. / DAESH avant qu’il ne soit repoussé par les Peshmergas (http://www.lemonde.fr/international/article/2014/12/21/en-irak-kurdes-et-yezidis-celebrent-la-fin-du-siege-du-mont-sinjar_4544470_3210.html ), vénèrent cet espace comme étant celui où échoua Noé (pour réf. voir note 3 http://fr.wikipedia.org/wiki/Monts_Sinjar#cite_note-3 ; voir également Michel Thierry précédemment cité) –(13)-.

 

Puisque le déluge de Noé, comme celui de ses prédécesseurs, ne put être universel, il est possible de reprendre ce qu’écrivait André Parrot au début des années de 1960.

L’une des crues du Tigre et/ou de l’Euphrate « s'accompagna de tels ravages et fit une telle impression  qu'il devint  un des  thèmes  de la littérature cunéiforme. Ce fut "LE" déluge, dont la légende se plut certainement à grossir la violence, les dégâts ... » (Sumer, Gallimard, coll. Univers des Formes, 1960), à moins qu'il y n'ait eu initialement plusieurs récits correspondants à des événements réels ou non qui fusionnèrent peu à peu en un seul.

Il est en tout cas à noter qu'en devenant biblique, le thème mésopotamien perdit son caractère polythéiste, comme d'ailleurs l'affaire du Paradis terrestre dont les fondements paraissent bien présents dans la littérature cunéiforme.

Mais l'essentiel des événements diluviens ne varia pas, et les similitudes entre les différentes versions sont aussi nombreuses qu'évidentes.

Ajoutons l’aspect récurrent du thème du déluge, de l'inondation ; songez au déluge de Deucalion ou encore à l’Atlantide de Platon.

Les dieux sont fâchés contre le désordre créé par les hommes (le chaos est un thème indo-européen) et, sauf dans le mythe atlante ou tout est englouti, entendent détruire l’humanité sauf Un Juste et sa famille.

 

Et l’arche de Noé ; fut-elle ronde ?

 

C’est désormais une éventualité que l’on ne peut exclure surtout, ce qu’il est et sera impossible de savoir un jour, si le déluge biblique ne fut jamais qu’une reprise d’un seul et unique récit qui se transmis avec toutefois des changements dans le nom des héros. Mais, comme cela a été mentionné, il est toujours possible d’envisager que les déluges, au sens de crues importantes du Tigre et de l’Euphrate, se répétèrent et qu’il y eut plusieurs héros, plusieurs Atra-hasis, plusieurs Noé ou pré-Noé.

 

De toute manière, ronde sur le modèle d’un coracle ou non, l’arche de Noé ne dépassa probablement pas ou peu les dimensions du kouffa reconstitué. Et, comme il est dit dans l’Epopée de Gilgamesh (Tablette XII, vers 80 et suivants), le ou les héros successifs n’abandonnèrent pas tout. Ils embarquèrent «  tout ce que je (c’est Ut-Napishtim qui parle et raconte ses péripéties) possédais, Tout ce que j’avais d’argent, Tout ce que j’avais d’or, Tout ce que j’avais d’animaux [domestique] de toute sorte. J’embarquais ma famille et ma maisonnée toute entières »

Si c’était un rural et non un notable, ce qui est probable, cela doit faire approximativement une dizaine de personnes, un âne, deux moutons, un coq et trois ou quatre poules et, si cela vous satisfait, vous pouvez très légérement augmenter ou réduire les estimations chiffrées...

Certes, le texte se poursuit en précisant que Ut-Napishtiml embarqua encore « les gros et petits animaux sauvages, et tous les techniciens », mais je serais assez enclin à penser que parvenu à ce point du récit, nous sommes dans le seul langage épique et son amplification à moins que les animaux sauvages ne soient deux lapins qui passaient par là, les techniciens ayant quant à eux pour fonction d’indiquer à l’auditoire (ces épopées diluviennes, comme l'Illiade et l'Odyssée, étaient destinées à être chantées devant un public) qu’il ne faut pas 'laisser traîner' les secrets de fabrication.

 

Si vous voulez rêver à une arche gigantesque abondamment peuplée, il vous faudra l’imaginer ou voir / revoir le film de Darren Aronofsky qui, personnellement, ne m’a pas paru être une chef d’œuvre immortel du cinéma…

… A moins que vous ne préfériez rêver à une arche du style OVNI décliné en kouffa ce qui peut donner la soucoupe volante des visions traditionnelles. A vous, ensuite, de vous 'faire le film' de fiction (en écrivant ces âneries, il me revient en mémoire une bédé que j’avais feuilletée et dans laquelle Noé était un extra-terrestre ; rêverais-je, autrement quelle était cette bédé ???).

 

A chacun ses délires :-) !

                                               .                                               .

.

See you soon !

(1) Ce personnage est peut-être / probablement le même que celui du Poème d’Atra-hasis. La traduction française de ce Poème se trouve notamment dans l’ouvrage de R. Labat, Les Religions du Proche-Orient, Paris, 1970

(2) Vers 29 et 30 de la Tablette 11 ; v. L’Epopée de Gilgamesh, le grand homme qui ne voulait pas mourir, traduction Jean Bottéro, Gallimard NRF, 1992, p.185

(3) L’Epopée de Gilgamesh, ne donne bien évidemment pas des mesures métriques mais, citant Jean Bottéro, je respecte le choix qu’il avait fait de traduire les mesures mésopotamiennes et rejetant en note lesdites mesures mésopotamiennes : 1 iku pour la superficie, 1 ninda pour les côtés (cf. sa page 187, vers 57 et suivants ainsi que la note 3)

(4) L’Epopée de Gilgamesh mentionne que le bâtiment comportait 7 étages (tablette XII, v. 60 et 61 ; Bottéreau p. 187)

(5) « l'arche aura 150 mètres de long, 25 de large et 15 de haut. Tu feras une ouverture à l'arche et tu la feras d'une cinquantaine de centimètres depuis le haut. Tu placeras une porte sur le côté de l'arche. Tu construiras un étage inférieur, un deuxième et un troisième étages », Genèse, 6, 15 et 16

(6) Tablette XII, vers 25 et suivants (p. 185 de la traduction de déjà citée de Jean Bottéro). J’ai écrit tente de faire car nous verrons à la fin de ce post que le héros entend bien essentiellement sauver sa vie, celle de sa famille et ses richesses dont font partie les animaux de sa ferme.

(7) Cette traduction est-elle dépassée ? En tout cas, celle qui est proposée en ligne  http://www.lirelabible.net/LSG/html_5/Genese_2.htm ne mentionne pas de roseaux et propose : « Fais-toi une arche de bois de gopher ; tu disposeras cette arche en cellules, et tu l'enduiras de poix en dedans et en dehors ». Tout le problème est de savoir ce qu’est le « bois de gopher ». Apparemment, personne ne le sait vraiment http://fr.wikipedia.org/wiki/Gopher_%28bois%29 mais compte-tenu, d’une part, des traditions millénaires de l’usage des roseaux dans l’érection des moudifs et, d’autre part, des espèces végétales plus que limitées qui peuvent servir à la construction en Mésopotamie,  le roseau semble difficile à exclure tout à fait.

(8) Désolé pour les puristes. Si j’ai bien sur mon clavier d’ordinateur l’alphabet turc, Overblog n’en accepte pas les caractères. Le ’g mouillé’ et le ‘i sans point’ que nécessite chacun des ‘g’ et des ‘i’ de Agri Dagi ne sont donc pas transcrits. Il en sera de même plus loin avec le ‘s cédille’ par exemple de ‘Nevshehir’. Il a été rendu pas ‘sh’.

(9) Cet article est disponible en ligne sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/syria_0039-7946_1995_num_72_1_7429

(10) Michel Thierry mentionne les tentatives de James Irwin (http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Irwin) et celle de  F. Navarra (J 'ai trouvé l'Arche de Noé, Paris, 1956) qui revint de son expédition avec un fragment de bois qui devrait correspondre à l’observation de M. Thierry selon laquelle « actuellement  on ne voit [sur l’Agri Dagi] ni arbre, ni arbuste, mais il n'en était pas de même au Moyen Âge. Le géographe arabe al-Istahï affirmait au Xe siècle dans son ouvrage Le Livre des pays, qu'il y avait sur la montagne beaucoup de bois et de gibier. Il est probable qu'en raison de l'extrême sécheresse qui règne depuis plus d'un millénaire dans cette région, des débris d'arbres fossilisés se soient conservés » (p 156). En réalité, il y en a bien d’autres amateurs qui jouent les Indiana Jones dans la région d’Agri. Pour le fun, faites un tour sur la Toile et particulièrement sur Youtube. Je mentionne au hasard et dans le désordre   https://www.youtube.com/watch?v=LVAecLQC-Xk , https://www.youtube.com/watch?v=N-9vFbqSBcs , https://www.youtube.com/watch?v=jQeFYYOkiMA ,  https://www.youtube.com/watch?v=eZngm9pV-n0 , https://www.youtube.com/watch?v=i6XAeFP4CA , etc. Voir encore Dailymotion. Je mentionne au hasard  http://www.dailymotion.com/video/xph4io_a-la-recherche-de-arche-de-noe_tech?start=63 , http://www.dailymotion.com/video/xrzpc0_sur-la-piste-de-l-arche-de-noe_webcam , etc. Un peu plus original http://www.dailymotion.com/video/xph4io_a-la-recherche-de-arche-de-noe_tech?start=63

(11) … Très discutable, ce qualificatif de joli puisqu’un déluge universel aurait TOUT détruit : des millions d’êtres humains et d’animaux, de nombreux végétaux bien qu’ils ne soient jamais mentionnés comme ayant fait partie des espèces embarquées sur le bateau salvateur. Et pourtant, quelle est la proportion de la flore terrestre qui aurait pu supporter de devenir aquatique ?

(12) Au sujet des pluies, l'un des problèmes de base est celui de la capacité de l'atmosphère à stocker la vapeur d'eau pour rendre des pluies. On sait que le seuil de saturation d'humidité de l'air varie selon la chaleur : plus cette dernière est élevée, plus l'atmosphère peut être chargée en eau. La question est donc la suivante, quelle température serait-elle nécessaire pour que le déluge puisse être une réalité sachant qu'un kilogramme d'air peut contenir au maximum O,8 gr. de vapeur d'eau à -20° C.; 1,8 gr. à -10°; 3,8 gr. à O°; 7,8 gr. à 10°; 14,8 gr. à 20°; 27,4 gr. à 3O, etc. Ceux qui seraient tentés par le calcul ne devront pas oublier qu'à partir d'une certaine chaleur, qui est bien inférieure à celle de l'ébullition de l'eau ou de sa forme gazeuse, ni Noé, ni les animaux réfugiés dans l'arche n’auraient pu  résister à l'étuve, ou alors ce ne fut pas Yahvé qui prit l'arche sous sa protection, mais Satan muni de combinaisons protectrices contre les flammes de l'enfer descendues sur terre :-).

(12) Donnez éventuellement un coup d’œil par ex. à http://www.huffingtonpost.fr/2014/02/21/rechauffement-climatique-montee-des-eaux_n_4829239.html , http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89l%C3%A9vation_du_niveau_de_la_mer , etc., le plus parlant étant peut-être les bulles d’eau figurées sur  les illustrations de http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/05/20/combien-y-a-t-il-d-eau-sur-terre/ ;

 (13) A noter en passant que, outre la cadre mésopotamien et les cours du Tigre et de l’Euphrate, d’autres lieux ont été proposés pour localiser le déluge. Ainsi, à la fin des années de 1990, Bill Ryan et Walter Pitman émirent l’idée qu’il pourrait être le souvenir confus des eaux de la Méditerranée / mer de Marmara / Bosphore qui se déversèrent dans la mer Noire. L’examen de carottages effectués dans la région semblent en effet établir qu’il y a quelque 8 000 ans se produisit, au niveau du Bosphore, une cassure qui emplit le lac qu’était jusqu’alors la mer Noire. Cela conduisit à voir les eaux se déverser pour aller de – 100m d’altitude (profondeur moyenne de l’actuelle mer Noire) à 0m, avec un débit de l’ordre de 15 cm/jour, environ 15 fois les chutes du Niagara. Il a depuis été établi que ces flots furent en réalité un flux tout à fait doux, « quite mild » (in National Geographic News, 2009).

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