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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 07:17

Qui, après avoir vu ou revu Le Glaive et la Balance, ne s’est pas senti frustré de ne pas avoir réussi à dénicher les coupables… même si le réalisateur s’est ingénié à ce que personne ne puisse les identifier ? Une sorte de défi à l’impossible, ne serait-ce que pour tenter de prendre le réalisateur à son propre jeu…

Pour les ‘petits jeunots’ qui ne connaitraient pas le film sorti en 1963, indiquons qu’il fut réalisé par André Cayatte avec Jean-Claude Brialy, Anthony Perkins et Renato Salvatori.

Scénario bien classique, tout au moins au début. Le fils d’une milliardaire est enlevé et tué. Tout dans le film indique qu’il y a 2 ravisseurs sauf que… et c’est là où l’intrique sort de sa banalité, lorsqu’ils sont arrêtés vers un phare après une poursuite en chris-craft, ils sont 3...

Bien évidemment les suspects vont s’accuser les uns les autres tant et si bien que la police, le procureur, les jurés… et les spectateurs sont incapables d’identifier les deux coupables, rien n’interdisant d’ailleurs d’imaginer -même si l'idée est incompatible avec le scénario- que ce pourrait être un coup monté et qu’ils le sont tous les 3.

Objectif du film : montrer que le doute doit toujours bénéficier à l’accusé en application du principe de présomption d’innocence. Et c’est ainsi que les trois individus vont passer du statut de suspects à celui d’inculpés puis que, faute de preuve, ils seront acquittés par la cour d’assises devant laquelle ils ont été déférés.

Il y a une suite (pas très jolie, jolie…) à cet acquittement, mais je laisse à ceux qui ne la connaitraient pas le soin d’aller la découvrir en regardant le film. Outre une édition en DVD, il est disponible en streaming (sans inscription à quoi que ce soit) par exemple sur http://cinemavf.biz/le-glaive-et-la-balance-streamingvf.html (-> A la suite des vociférations ;-) de l'un de mes vieux et fidèles lecteurs, je viens de constater que, effectivement, il n'y a pas moyen de visionner le film sans s'inscrire sur ce site de streaming... Et pourtant j'y suis parvenu la semaine passée, et 2 fois de suite de surcroît ; une pour regarder le film que je n'avais pas revu depuis des années, une seconde pour capturer les images qui illustrent ce post. Essayez de purger vos cookies et d'utiliser les liens qui se trouvent sous l'image du générique. C'est ainsi que j'avais opéré. J'ajoute qu'en cherchant un peu, j'ai trouvé deux autres sites où le film peut être visionné sans être obligé de laisser au préalable son pedigree -> http://cinemavf.biz/le-glaive-et-la-balance-streamingvf.html ; http://www.filmsvostfr.biz/regarder-film-le-glaive-et-la-balance-streaming-vostfr.html. Bonne chance...)

J’ignore totalement, si ce film fait partie des classiques du cinéma et reconnais ne pas avoir cherché à le savoir. Tout ce qui m’intéresse est que, pour moi, Le Glaive et la Balance est un film culte, mieux un film culte de l’époque où j’y croyais et dont j’ai parfois, souvent, la nostalgie.

A sa sortie, je « courais » après mon Bac afin d’entrer en faculté de droit pour devenir avocat et défendre la veuve et l’orphelin.

Comme parvenu en faculté de droit j’ai découvert qu’être avocat était tout autre chose que défendre la veuve et l’orphelin en question (« qu’on est bête quand on est jeune, il est vrai qu’en vieillissant… » -Alphonse Allais- :-), j’ai fini par changer totalement d’orientation… Cela est une toute autre histoire, mais vous comprendrez pourquoi ce film remémore en moi l’époque où je croyais en l’homme et les valeurs saines (enfin à mes yeux) qu’il a patiemment élaborées au cours de millénaires de réflexion.

Est-il donc possible d’identifier des coupables ?

Bien sûr que non, puisque le film a été conçu pour l’interdire, faut-il le rappeler encore ?

Certes.

Voici néanmoins les 3 suspects alignés contre un mur percé de portes avec, de gauche à droite, Renato Salvatori, Anthony Perkins et Jean-Claude Brialy.

« Le Glaive et la Balance » versus valeurs démocratiques.

Les mêmes, avec un léger changement, puisque de gauche à droite se trouvent Renato Salvatori, Jean-Claude Brialy et Anthony Perkins.

« Le Glaive et la Balance » versus valeurs démocratiques.

Pour ceux qui souhaiteraient se reporter au film, je me dispense de toute indication sur le minutage puisqu’il est indiqué par le lecteur sous les illustrations, à gauche.

Ne saute-t-il pas aux yeux que deux des suspects ont des pantalons sombres, Renato Salvatori et Jean-Claude Briali, celui d’Anthony Perkins étant plus clair, voire franchement blanc ?

Ah ! Et y a-t-il moyen de tirer une argumentation de cette constatation ?

Je ne sais pas trop et vous soumets le problème.

Le seul moment où l’on voit les deux ravisseurs ensemble se trouve quand, poursuivis par la police, ils descendent une falaise pour tuer le malheureux gamin qu’ils ont enlevé et caché dans une grotte, puis rejoignent un chris-craft pour s’enfuir.

Voici une capture d’écran de la scène où, semble-t-il, un ravisseur porte un pantalon plus clair que son complice…

« Le Glaive et la Balance » versus valeurs démocratiques.

Vous voyez mal ?

« Mon » image est 100% pourrie (… au sujet de ce « mon », comme d’habitude lorsque j’emprunte une illustration couvert par un copyright, je m’engage à la retirer sur simple demande du ou des détenteurs des droits, mais ce serait sympa de fermer les yeux sur cet emprunt :-) – Merci) ?

Je l’agrandis malgré tout…

« Le Glaive et la Balance » versus valeurs démocratiques.

… S’il y avait eu 2 pantalons sombres, nous tenions les coupables mais, pas de chance, nous en avons un clair et un sombre, ce qui ne peut tendre qu’ à établir la seule culpabilité d’Anthony Perkins.

Son complice courait toujours, mais nous en aurions au moins identifié un… ce qui est mieux que zéro ; non ?

Oui, mais…

Ce pantalon clair serait-il dû à un effet des projecteurs installés pour éclairer la falaise (la scène se passe la nuit, et la zone éclairée se distingue nettement) ?

C’est toujours possible, notamment si la matière du pantalon est réfléchissante…

Serait-ce là un clin d’œil amusé que font parfois les réalisateurs aux spectateurs ?

Allez savoir…

En tournant la scène, y a-t-il eu inattention et a-t-on affublé Anthony Perkins (ou sa doublure) d’un pantalon clair sans songer qu’il serait visible à l’écran ?

Qu’en sais-je…

De toute manière, rien n’interdit d’imaginer qu’il aurait pu y avoir un troisième homme qui attendait dans le chris-craft. C’est là une possibilité jamais envisagée dans le film puisque le scénario est axé sur l’impossibilité d’identifier les deux coupables (le film n'a en effet de sens que si, parmi les trois suspects, il y a un innocent) et c’est là une légère une incohérence du scénario. Il manque au moins un gros plan montrant sans équivoque qu’il n’y a que 2 hommes à bord du chris-craft.

Cette incohérence n’est d’ailleurs pas la seule, et j’aimerais au moins noter que j’ai un mal fou à considérer que, dans la réalité juridique, une affaire aussi peu aboutie tant au niveau de l’enquête de police que de l’instruction aurait pu être déférée en cour d’assises.

Bref, tout bien pesé, la balance me semble pencher du côté de la catégorie "film un peu simpliste", et si un pénaliste passait par ces pages, il serait bienvenu qu'il donne son opinion et use éventuellement du glaive pour juger qu'il devrait même être rangé dans la catégorie "film au scénario incohérent"...

Il demeure que ledit scénario met en exergue le fait que le doute doit toujours bénéficier à l’accusé. S’il est impossible de prouver qu’il est coupable, même si cela paraît évident dans l’intime conviction de tout observateur, il doit être relaxé ou acquitté. C’est là l’application du principe de présomption d’innocence énoncé dans l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme selon lequel « toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées […] », ce qui n’est jamais qu’une reprise de l’article 9 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que lorsque cette disposition fut adoptée par nos Révolutionnaires, il s’agissait de mettre un terme à l’absolutisme de nos rois lesquels, disposant des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, pouvaient , en toute légalité et principalement grâce à la lettre de cachet, faire « embastiller », et plus généralement emprisonner, quiconque avait simplement l’heur de ne pas leur plaire.

On comprend pourquoi, suivant en cela quelques-uns de nos philosophes dont, bien sûr, Montesquieu, fut également énoncé le principe fondamental de la séparation des pouvoirs.

Et pourquoi ce bien évident rappel, culturellement de la hauteur d’une tige de pâquerette ?

Tout simplement parce que nous débouchons sur un problème d’actualité qui fait débat, puisque certains de nos femmes et hommes politiques, « balancent » en veux-tu, en voilà, des idées qui martèlent qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans « une fallacieuse conception de la démocratie » (http://portail.free.fr/actualites/france/6558702_20160912_sarkozy-pour-une-guerre-totale-contre-la-peste-noire-le-terrorisme-islamiste.html ) et remettent en cause quelques-uns des principes considérés comme fondamentaux dans notre république en proposant d’interner, par décision administrative, toute personne radicalisée, tout individu fiché « s » (Sureté de l’Etat) s’il présente des « critères de dangerosité » (http://www.ouest-france.fr/politique/nicolas-sarkosy/internement-de-fichiers-s-sarkozy-invoque-le-principe-de-precaution-4493468?utm_source=filinfo-free&utm_medium=fluxrss&utm_campaign=banquedecontenu )

Il a été répondu qu’il ne fallait en aucun cas mettre en place des "lois de circonstance" (http://www.voltairenet.org/article193189.html ), pendant que le Conseil d’Etat, interrogé sur la légalité de semblables mesures, arrêtait avec une saine logique, me semble-t-il, qu’ « il n’est pas possible d’autoriser par la loi, en dehors de toute procédure pénale*, la rétention, dans des centres prévus à cet effet, des personnes radicalisées » (http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/14/interner-tous-les-djihadistes-presumes-fiches-s-le-retour-d-une-proposition-inapplicable_4950347_4355770.html ).

L’un des auteurs de la proposition a récemment précisé et, sauf erreur, quelque peu modifié son projet initial, en évoquant l’intervention du judiciaire a posteriori et en rappelant la création de la Cour de sureté de l’État du général de Gaulle en 1963 (http://www.francetvinfo.fr/monde/terrorisme-djihadistes/terrorisme-sarkozy-prone-le-principe-de-precaution-face-aux-radicalises_1820041.html#xtor=AL-54-[article] ; article d’origine du JDD payant http://www.lejdd.fr/Politique/Sarkozy-Francois-Hollande-ne-met-pas-tout-en-oeuvre-pour-lutter-contre-le-terrorisme-808381).

Il a alors été notamment rétorqué : « [on] se trompe sur la méthode en essayant de tordre le cou à l’état de droit face à la menace » http://portail.free.fr/actualites/france/6556863_20160911_manuel-valls-nicolas-sarkozy-s-est-trompe-en-2012-sur-la-menace-terroriste-video.html ; http://www.non-stop-zapping.com/actu/politique/manuel-valls-nicolas-sarkozy-sest-trompe-en-2012-sur-la-menace-terroriste-video-41136 ).

Compte-tenu de la peur et l'horreur que provoque le djihadisme, doit-on remettre en cause quelques-uns des piliers de nos sociétés, les atténuer, les modifier car « c'est aux politiques et à eux seuls, parce qu'ils sont élus par le peuple, de modifier le droit quand cela apparaît nécessaire » (http://www.francetvinfo.fr/monde/terrorisme-djihadistes/terrorisme-sarkozy-prone-le-principe-de-precaution-face-aux-radicalises_1820041.html#xtor=AL-54-[article] ; article d’origine du JDD payant http://www.lejdd.fr/Politique/Sarkozy-Francois-Hollande-ne-met-pas-tout-en-oeuvre-pour-lutter-contre-le-terrorisme-808381) ? -Observons en passant que l'auteur de cette déclaration semble totalement "zapper" la voie référendaire-

C’est à chacun de répondre en réfléchissant aux conséquences tant d’un oui, que d’un non… et en réalisant également que prendre ces mesures d’internement qui viseraient dans leur immense majorité des personnes de confession musulmane est impossible en l’état de la législation et que, humainement, ce serait pénètrer de plein front dans le cadre de cette douloureuse déclaration faite au New York Time par une musulmane, jeune étudiante française de Toulouse « j ’ai peur un jour de porter une lune jaune sur mes habits, comme l’étoile de David pour les Juifs il n’y a pas si longtemps » (http://www.abidjanactu.com/Dur-d-etre-musulmane-en-France-Temoignages-de-femmes_a3708.html).

Et puis, en se souvenant du Glaive et la Balance dans lequel le troisième homme, totalement innocent, aurait pu être condamné à la peine de mort et exécuté**, ne convient-il pas de lancer « […] Argutie juridique, la présomption d’innocence […] ? » ( http://www.voltairenet.org/article193189.html ).

Supprimons-la et nous risquerions, des dérives possibles aidant, de retourner peu à peu à une situation voisine de celle de l’Ancien Régime.

Il reste que nous sommes en guerre, comme le répètent régulièrement les politiques de tout bord, et qu’en cas de guerre des mesures exceptionnelles s’imposent. Bien des libertés démocratiques sont alors suspendues et, en l’espèce, sont face à face le principe de la présomption d’innocence et le principe de précaution.

Lequel doit l’emporter dans la situation qui est aujourd’hui la nôtre ?

Bien franchement, je n’en sais plus rien.

Face à ce type de problèmes contradictoires qui mettent en cause la socialisation qui a été la mienne depuis ma naissance, je ne sais plus trop où j’en suis et finis par penser, à la suite de Bob Dylan, So now as I'm leavin' / I'm weary as Hell / The confusion I'm feelin' / Ain't no tongue can tell / The words fill my head / And fall to the floor...

...Et puisque des questions religieuses sont sous-jacentes à ce débat, j’ajouterai : If God's on our side / He'll stop the next war… (B. Dylan, With God On Ours Sides).

France TV présente une vidéo assez claire sur la question dont on peut toutefois regretter que l’esprit soit ramené à la simple querelle qui, depuis des années, anime (et soule !) le débat politique entre MM. Sarkozy et Hollande : Le match Hollande-Sarkosy sur la lutte contre le terrorisme http://www.francetvinfo.fr/monde/terrorisme-djihadistes/video-lutte-contre-le-terrorisme-quand-hollande-et-sarkozy-se-renvoient-la-balle_1823405.html#xtor=AL-54-[video]

* Outre ce qui a été dit, ces mesures préventives d’internement pose un autre problème juridique : à partir de quand la tentative d’un acte délictueux est-elle répréhensible ? Voilà un sujet d’examen traditionnel pour les étudiants en droit, et la réponse paraît trop complexe pour être donnée ici. De plus, il faut un texte clair et précis pour poursuivre l’auteur de la tentative en question, cela en vertu du principe que les juristes énoncent en latin nullum crimen, nulla pœna sine lege (nul crime, nulle peine sans loi).

** Le film date de 1963 et la peine de mort n'a été abolie en France qu'en 1981

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