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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 10:32

Voici le mèl (oh ! "courriel" si vous préférez ; tatillon que vous êtes !) que j'avais adressé à une promotion d'étudiants de 4ème année à la suite de leurs évaluations en histoire / histoire de l'art.

Bonjour à tous,

[...] J'ai pu terminer la correction / évaluation de vos brillantissimes copies dont j'ignore, bien franchement, s'il faut rire ou pleurer.

Globalement, les résultats ne sont pas catastrophiques car le laxisme de l’enseignement fait que, depuis plusieurs années à présent, face à une
Monstruosité il est convenu de ne mettre « 0 » qu’à la question (… et encore !) et non à la copie. Réalisez toutefois que certaines « bourdes » commises face à un employeur ou un client feront bel et bien « 0 » à l’ensemble de votre prestation dans la mesure où le célèbre « laissez vos coordonnées nous vous contacterons » ne sera suivi d’aucun effet ou que le client ne donnera pas suite.

 

Objectivement, plus de la moitié de la promotion n'a pas un niveau d'expression / réflexion d'un étudiant bac + 4 et, de surcroît, comme je le laissais entendre, certains font des réponses si absurdes (ou s’expriment si maladroitement !) que l'on est légitimement en droit de se demander si vous vous moquez de moi, de vos études... ou, plus grave encore, de vous.

 

Vos enseignants vous ont sans doute répété depuis la 6è que, lorsqu’un sujet n’inspire pas, il convient malgré tout de tenter une réponse. Certes, mais à la condition sine qua non d‘avoir un minimum de connaissances générales pour improviser afin ne pas écrire n’importe quoi ; il y a des limites à tout.

 

 En faisant la synthèse de quelques copies j'ai ainsi appris...

... Que la bataille maritime* de Lépante** dont une "mozaïque" (sic) l'illustrant se trouve dans une église de la région (il s'agit de La Basilique de Fourvière, à Lyon), pas très loin d'une scène représentant le "Conclave d'Ephèze" (re-sic), avait pour but la maîtrise de la "Méditterrannée" (toujours et encore sic)***. Elle eut lieu au Vè s. av. J.C., devant Vienne, en Autriche****...

* Je souligne le mot maritime ; c'est important pour la suite.
** Parfois écrit "létantes" – no comment !- ; "Létanque" –non ! Trop tôt ; plus tard les chars d’assaut !- ; "Lespentes" –petite envie de ski ?- ; « lérentes » -rentier ? Un bon « métier » !- …

*** Dans le doute, ne pas hésiter à doubler toutes les lettres !... Mais en 4è année, ne pas savoir écrire Méditerranée me dérange tout de même un peu ; pas vous ?
**** Avez-vous compris mon insistance pour le « maritime » évoqué ci-dessus ?!... Vienne-sur-mer !!! Dernière trouvaille de l’activité du secteur tertiaire autrichien ! Vienne, ses parasols, ses plages à marée basse !!!... Le tout au Vè s. av. JC., sans doute lors de la phase de grandeur de l’Empire Austro-hongrois, alors que Périclès et Phidias venaient passer leurs congés-non-payés pour jouer à la pétanque sur la place de la "
Boulé" et animaient les folles nuits people de la ville !

L'issue en fut (je cite, c'est trop "beau" !) « la victoire des Chrétiens contre Charles Quint et la flotte d'Espagne ». Or, comme la même copie précise que cette bataille opposa les chrétiens aux musulmans, chacun pourra conclure par ce scoop : Charles Quint fut sultan de la Sublime Porte… (N.B. bref rappel chronologique pour ceux qui seraient intéressés : lors de la bataille de Lépante -7 oct. 1571-, Charles Quint était mort –abdication 1556 ; † 1558- ; c’est son fils, Philippe II - † 1598- qui était sur le trône d’Espagne. Côté turc, était au pouvoir Sélim Ier, fils de Soliman le Magnifique).

Morceau de roi : « cette bataille pris fin le 8 décembre. Alors toute la ville de Lyon, en remerciement à la Vierge sa protectrice, mis aux fenêtres des lumignons. Cette tradition est devenue la célèbre  fête des lumières" (Si ! si ! je n'invente rien ! Et la même bouffonnerie se trouve dans plusieurs copies ; étrange non cette transmission de pensée du n’importe-quoi ; phénomène de télépathie ?).

A noter que, dans les fluctuations de dates, se trouve cette remarquable observation : « la bataille eut lieu au XVIIIè s., et le personnage qui y perdit la main fut Cervantès ». Bien vouloir rectifier vos ouvrages de littérature espagnole en conséquence : Cervantès est un auteur du XVIIIè s. Penser de faire suivre cette modification à mes collègues de littérature espagnole.

Oh ! Pendant que nous y sommes, veuillez également noter que puisque la bataille de Lépante opposa Arabes et Français (Si ! Si ! Je vous jure, c’est écrit là ; j’ai l’ « info » sous les yeux !), et que Cervantès était présent (le même auteur le précise clairement), c’est que ledit Cervantès était ou bien arabe, ou bien français.... ou alors qu'il était un mercenaire espagnol venu se perdre dans une affaire que le dépassait ; pas étonnant qu'il y perdit une main... elle n'avait qu'à pas dépasser là où il ne le fallait pas :-(

 

J'ai encore appris que "Lugdunum fut fondée pendant l'empire romain par Jules César".; César, empereur des Romains, comme chacun le sait (César ne fut JAMAIS empereur… il aurait toutefois pu / dû le devenir ! Par contre le nom de César –d’où l’erreur, répandue, certes, mais pas auprès de Bac+4 !- devint synonyme d’empereur, cf. par ex. Suétone auteur de ce que l’on nomme La vie des 12 Césars c.à.d. des 12 premiers empereurs romains).

 

Malgré tout, je préfère cette version plus « élaborée » : "la fondation de Lugdunum s'est faite en 2500 - 3000 av. J.C. par Jules César ". Outre le fait que la ville « s’est faite »… (??), chacun appréciera la date indiquée avec l’usage de « en », ce qui, grammaticalement, chez les gens normaux, laisse entendre la mention d’une date bien précise. Ici, notre auteur de référence, plein d’un belle fraîcheur poétique, propose une fourchette de 5 siècles ce qui, cerise sur le gâteau, laisse entendre que César aurait vécu 500 ans ; serait-ce un effet de l'apothéose ?! Quant au fondateur de la ville, il faudra un jour faire nettement la distinction entre un général qui passa probablement sur le futur « forum vetus » avec ses légions, César, et Lucius Munacius Plancus que tout Lyonnais d’un niveau d’instruction standard connaît… ce qui explique, sans doute (quelle autre raison invoquer ; en voyez-vous une ?) la familiarité dont certains font preuve dans leur copie en le nommant simplement Lucius ou Munacius… « Salut mon copain Lucius ! Quoi de neuf au Forum vetus ? J»

 

Un peu plus sérieusement (!!) j'ai appris que ledit Lucius Munacius Plancus avait sacrifié aux usages romains de la fondation d'une ville et que, en conséquence, les situations du decumanus et du "crado" permettaient de penser que la cérémonie de fondation de Lugdunum s’était déroulée le 10 oct. 43 ap. JC ; c’est vrai que la rue Cléberg (qui devrait correspondre au fameux cARdo ou kARdo ; pas « cRAdo » !) n’est pas toujours très propre et nous avons ici un indice tendant à montrer qu’il en était peut-être de même à l’époque romaine…

 

Quoi qu’il en soit, la romaine Lugdunum connut richesse et notoriété. Cela explique que « les populations romaines avaient emmigré vers la France à l’époque » (ici comme ailleurs, orthographe d’époque, pardonnons donc ces fautes qui procèdent probablement d’archaïsmes –cela dit, « joli » la France à l’époque romaine ; non ?). Ces populations mirent en place la détermination du cours de l'or… (Quelques étudiants semblent ne pas avoir très bien réalisé que la Loge du Change, dans l’actuel Vieux Lyon, n’est pas vraiment de style typiquement romain début d’empire. Ceci explique probablement cela pour une petite confusion pas bien grave… Au stade où nous en sommes, au diable l’avarice dans le monde de la réécriture historique et du ridicule) !

Pour le reste ? Moins d’horreurs, mais des phrases creuses qui, peut-être, en disent long sur la participation effective de certains à la journée de balade dans Lyon. 

 

« Les caractéristiques du style haussmannien sont les grandes avenues haussmanniennes »… Quelle réflexion profonde ! Le Baron Haussmann aurait « fait » de l’haussmannien ; qui l’eut cru ?

Dans le genre, il y a « l’art gothique est très différent du roman et le roman ne ressemble pas au gothique »… incroyable ; non ?

Que dire encore sur la clef de voûte d’origine mésopotamienne si ce n’est qu’elle a permis a plusieurs de remplir quelques lignes en pensant probablement que j’allais être si content que je mettrai au moins 18 à leur copie ; nous sommes à la maternelle ou en 4è année d'études supérieures !?

 

Face à autant de surréalisme historique, je n’ose même pas me mettre en colère vis-à-vis de ceux qui persistent à considérer Saint-Martin d’Ainay comme gothique et Saint-Jean comme de style roman. Ne nous fâchons pas ; je suis certain qu’ils feront mieux la prochaine fois ; avec les exemples que je viens de leur donner, ils ne redouteront plus de s’aventurer dans le dadaïsme historique ! 

D’autres erreurs sont révélatrices d’une grande innocence en matière architecturale. Ainsi ai-je été ravi d’apprendre qu’il existait des « voûtes d’Eugide » ou « voûtes croisées », précision qui permet de rétablir ce que l’on pensait deviner : il s’agit de voûtes en croisée d’ogives.

 

Si vous doutez que les horreurs dont je viens de faire état procèdent réellement d’étudiants qui sont bientôt des bac + 4, faites donc, si vous l’osez, circuler les copies entre vous. Vous constaterez que les « P.J. » qui circulent sur l'Internet pour sourire (ou pleurer !) de certaines réponses d’élèves sont loin d’être l’apanage de candidats… au Bac !

Merci à ceux (il y a quand même une moitié de « promo » en cause)  qui m’ont remis des copies dans lesquelles il y avait une pensée dynamique et une présentation française à hauteur de leurs diplômes. Il demeure que même dans la meilleure copie, se trouve une perle qui irradie Lyon le 8 décembre
(avez-vous suivi mon allusion perfide ? Le « coup » du 8 décembre à Lyon, souvenir de la bataille de Lépante, se trouve également dans une copie à laquelle, après de longues hésitations, j’ai fini par mettre 15/20. Cela montre, me semble-t-il, que contrairement à ce que ne manqueront pas de dire certains, je n’ai pas « saqué » et que j’ai même fait preuve de beaucoup d’humour et de largesses ! Chiche que les mécontents et autres « râleurs » demandent une double correction !?...)

 

Pour les autres, ceux qui font de l’histoire et de l’histoire de l’art grâce à de rares et vagues souvenirs de cours, puis qui comptent sur leur imagination pour combler les lacunes en forme de gouffre sans fond, ce n’est pas très sympathique de me faire perdre mon temps à lire de telles énormités ; c’est même assez incorrect car totalement irrespectueux.

 

L’histoire et les arts ne vous intéressent pas ? C’est votre droit le plus strict, mais en termes de culture générale, il y a tout de même certaines limites à respecter… et puis, pourquoi prendre ces options, ces crédits, si elles vous ennuient tant ?

 

J’espère que vous êtes plus vaillants dans les domaines qui sont plus spécifiquement conformes à vos orientations, mais lorsque je vois le niveau de français et d’orthographe de quelques-uns, j’ai beaucoup de mal à le croire .

 

A ce propos, il arrive à tout un chacun de faire quelques « perles » orthographiques, mais, ici comme ailleurs, il y a des limites entre distraction, erreur et Horreur.

Puis-je rappeler :
- que le pluriel des verbes ne se marque pas par un « s », mais par « ent » ;
- que le pluriel des noms et des adjectifs ne se marque pas par « ent », mais par « s » ;
- qu’un verbe à l’infinitif ne prend jamais une forme pluriel, même s’il est précédé par « les ».
      ex. : en parlant des murs d’une basilique… « pour les soutenir » et non « pour les soutenirs »
      Notez en passant qu’un mur (la construction) ne s’écrit pas « mûr » (… c’est le fruit qui est mûr)

Observation orthographique un peu plus « fine » (!!) et à laquelle je songe car j’ai rencontré l’erreur 2 fois : « a priori » étant une formule latine, il n’y a aucune raison pour écrire « à priori » (même raisonnement pour a posteriori, a fortiori, a contrario, etc.)

[...] Bonne année à chacun d'entre vous, si je puis malgré tout me permettre…
 

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commentaires

Anonymeeeeuuuu 17/12/2007 10:29

Et je ne peux m'empêcher de répondre aussi suite à vos pertinentes remarques, Messieurs...les étudiants dont Mr Canard parle, qui se la pètent dans les couloirs à Bac+5, je ne les connais que trop... ce sont ceux-là qui se baladaient avec leurs grands airs, mais qui ne savaient pas ce qu'est une SARL, qui ne savaient pas accorder leurs participes passés et aligner une phrase de français sans faire de fautes d'orthographe (c'est à cause de cela que nous nous farcissions des dictées qu'ils rendaient, là encore, truffées de fautes), qui pensaient que les Protestants ne sont pas des chrétiens, qui étaient persuadés que Martin Luther était un pasteur noir américain qui "a fait un rêve", qui n'avaient aucune idée de la date de la bataille d'Austerlitz ni de ses protagonistes, qui ne connaissaient même pas la date de la Constitution de la Vème République ni sous quel Président elle a été rédigée, qui ouvraient de grand yeux quand on leur parle de la séparation de l'Eglise et de l'Etat en France en 1905, qui n'ont jamais entendu parler de la Révolution de Juillet, qui n’étaient pas capables de situer leur moelle épinière et à qui on devait réexpliquer ce qu'est un Etat fédéral et un Etat central... et je ne cite là que quelques exemples parmi tant d'autres....
A se demander parfois si nous ne nous étions pas trompés de salle et que nous étions arrivés par mégarde dans un cours de première année... mais non, c'était bien une classe de Bac+5...

C'est sûr que ces Messieurs Dames ne doivent pas marrer tous les jours en entreprise, et qu'ils risquent de se faire claquer avec leurs grands airs s'ils n'intègrent pas très vite la notion d'humilité et l'idée que non, ils ne savent pas tout et qu'on a toujours quelque chose à apprendre... Mais que voulez-vous, sans viser personne, la génération de nos parents nous lègue une société d'assistés où il interdit de contraindre, d'interdire, etc... alors forcément, l'assistanat eh bien il doit commencer dès l'école...

Ah ça, je vous en passe, des réunions pédagogiques avec des formateurs docteurs en sciences de l'Education, qui ne sont pas sur le terrain, qui ne sont pas dans nos salles de classes face à nos adolescents démotivés, sans repères et sans aucun respect de l'autorité, des ados qui n'ont jamais connu de contraintes, de frustrations... ces Messieurs ont de beaux discours - édifiants ! - du style : "il ne faut punir, la coercition est un traumatisme"...
N'empêche, quand on voit à la boulangerie du coin un gamin de 9 ans répondre à sa mère: "Ta gueule vieille salope, vas-y, là, tu me fais chier", tout ça parce que la vilaine et indigne mère en question a osé lui refuser une sucette, on est en droit de se dire : aaaah la bonne vieille époque de la rouste... et quand on voit la mère s'agenouiller devant le fils en lui disant "pardon mon lapin, je suis désolée, tiens voilà ta sucette", on est également en droit de se demander qui du parent ou de l'enfant mériterait la rouste....

Ca ne donne quand même pas envie de faire des enfants.... on se dit : mais dans quel monde vont-ils grandir ? Dans quel monde vais-je les élever ? Comment leur inculquer des valeurs alors qu'à l'école ils sont influencés par des "camarades" de classe complètement livrés à eux-mêmes ?

Le Niortainiais 15/12/2007 15:36

Je croyais, mon cher Canard, que tes étudiants, surtout au niveau qui était le leur, faisaient preuve d'un peu plus de réflexion et de maturité que des collégiens. Je suis atterré de voir que nombre de tes étudiants ne sont que des Chaperot en puissance, et je m'inquiète de savoir ce qu'ils donneront une fois en entreprise. 'Vont pas se marrer tous les jours.
A++

Mr Canard 16/12/2007 23:13

Salut le Norténiais (habitant de Niort pour les incultes). Ce n'est pas à moi qu'il faut dire tout cela, mais d'abord à ces jeunes gens, ensuite à leurs parents et enfin, et surtout, aux joyeux rigolos qui ont revu les programmes scolaires dans un sens qui fait que ce qui arrive dans les universités a un niveau au ras des paquerettes. Sais-tu que l'on en est à faire des dictées ?? En attendant, eux, les étudiants en question, se la pètent dans les couloirs de la fac car, aujourd'hui, ils s'apprêtent à être Bac + 5... ! Cela dit mon coup de sang ne visait très globalement qu'une petite moitié de la "promo" en question.