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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 14:04

Il y a parfois des gens qui posent des questions futées à la différence de celles à laquelle il m’a fallu répondre sur  http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-22995991.html  J



Les auteurs, scénaristes… ont-ils toujours conscience
de procéder la relecture de mythes ?



1ère réponse stupide
(quoi que… ??) : aucune idée, il faudrait le leur demander J.


2è réponse moins niaise
 : pour certains, c’est évident. Une fois encore, reportez vous à Girl of next door, autopsie d’un montage
http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-14471517.html. Du côté de  la page 7 de http://myfreefilehosting.com/f/6b5ba69a52_0.27MB, j’avais notamment (= vous trouverez d’autres exemples, si toutefois vous avez le courage d’aller lire ces pages L) pris la peine d’observer qu’ « il reste à rappeler que les relectures de valeurs et de mythes sont d’une banalité évidente dans le monde des arts. En littérature ce sont Camus, qui adapte le mythe de Sisyphe pour montrer l’absurdité de la condition humaine, ou Shelley, qui, lui, utilise le mythe de Prométhée repris par les poètes romantiques, pour décrire la souffrance de l’homme. En peinture, c’est Manet qui, par Le Déjeuner sur l’Herbe, « relit » Le Concert Champêtre du Titien dans lequel s’observent l’omniprésence divine et quelques fantasmes masculins et qui est une possible reprise du traditionnel mythe du Jugement de Pâris, Jugement qui, de toute manière, inspirera Raphaël quelques années plus tard. Avant Manet, Le Concert Champêtre avait été repris par Watteau. Puis ce seront Monet, Picasso, Alain Jacquet (inspiré par Warhol et Lichtenstein) et Vladimir Dubosarsky & Alexander Vinogradov qui en proposeront à leur tour de nouvelles lectures très probablement à partir de la transposition de Manet. En musique, songeons à Faust dont le texte fut relu et transposé d’un récit littéraire à un « récit musical » par Berlioz, Schumann, Liszt, Gounod, Mahler (allusion à la Huitième symphonie) ; bien d’autres relectures ou « adaptations » ont été faites de Faust  [...] Sont bien des relectures de Faust tant la célébrissime Beauté du Diable de A. Salacrou et R. Clair (1950) que cet autre « navet » (pardon Josiane !) qu’est Ma vie est un enfer, comédie de Josiane Balasko (1991)...».


Dans le même dossier
http://myfreefilehosting.com/f/6b5ba69a52_0.27MB (page 5 et suivantes, § « qu’est un mythe 2 ? ») j’ai également évoqué comment certains (voir du côté des studios Disney J) triturent les mythes avec d’autant plus de conscience, qu’ils le font à coup de sciences psychologiques dans l’idée bien arrêtée de séduire enfants et parents pour ramasser le jackpot, en termes financiers s’entend bien évidemment, en écoulant entrées de cinéma, K7, DVD et produits dérivés. Et le comble : ils ne s'en cachent même pas et en sont fiers ; parvenir arracher une larme d'émotion, d'affection, de tendresse et taxer le sentimental, quel bel objectif L !

Dans OTH, il est également évident que le chef d’orchestre des scénaristes, Mark Schwahn, fait appel à des relectures de mythes en pleine connaissance de cause. L’exemple le plus manifeste est la haine de Dan contre Keith qui le conduira jusqu’au meurtre. C’est bien sûr une relecture du mythe de Caïn et Abel, et il n’est pas douteux que Mark Schwahn savait très bien ce qu’il faisait. Dan trouvera écrit à la peinture rouge sur le mur de son bureau l’accusation du meurtre de son frère par le biais d’une référence à Genèse 4,10 (épisode 405, mn. 30.55). Pour éviter le doute sur les intentions du scénariste, je pense que personne ne me tiendra rigueur de passer outre les droits d’auteur et de mettre en illustration ci-dessous une capture d’écran montrant Dan Scott et la référence biblique accusatrice.


                                           

La relecture de Mark Schwahn est d’ailleurs tout à fait intéressante. La cause de la jalousie de Dan n’est pas Yahvé qui «agréa Abel et son offrande, mais n’agréa pas Caïn et son offrande » (Gén. 4, 5 –interprétation probable du mythe biblique : Yahvé se prononce en faveur d’une civilisation de sédentaires et d’agriculteurs et contre le nomadisme et l’élevage ; bien d’autres légendes de différentes cultures vont en ce sens), ce qui conduisit Caïn, jaloux, à tuer Abel. Mark Schwahn remplace Yahvé par l’amour, qui semble tourner le dos à Dan, et l’orgueil du personnage ; cela va le conduire à haïr son frère. Il est difficile (et hors de propos) de démonter la relecture du scénariste car, si l’une des originalités d’OTH est de conter une histoire en utilisant des séquences cinématographiques rapides et successives concernant chacun des personnages, ou groupes de personnages, cela devient un handicap lorsqu’il s’agit de suivre l'action en continu pour donner les références. Il faut visionner l'ensemble des épisodes pour voir Dan évoluer dans son orgueil, son ego monstrueux et dégoulinant sur les autres (tiens ! il me rappelle une collègue L) . Saisons après saisons, épisodes après épisodes, flashs par flashs, bribes par bribes, le téléspectateur comprend comment il est devenu odieux, particulièrement envers son épouse, Deborah, et son frère, Keith. Et pour le réaliser, il faut entrer dans les détails, les méandres parfois tortueux de l’histoire, récupérer les quelques instants de séquences éparses ici et là. Seuls les pros d’OTH comprendront donc ce qui suit : Dan est resté amoureux de Karen mais, lorsque choisissant de laisser Déborah enceinte il revint à Tree Hill pour l’accouchement de Karen, il vit que Keith, son frère, était auprès d’elle et il repartit auprès de Déborah avec laquelle il se maria. Voilà la base de sa haine pour son frère, laquelle ne fera que croître, surtout lorsqu’il le tiendra pour responsable d’un incendie criminel dans lequel il a failli périr. L’occasion se présentant, il finira par tuer Keith.



 
… Et Yahvé bannit Caïn qui « se retira de la présence de Yahvé et séjourna au pays de Nod, à l’orient d’Eden » (Gén. 4, 16). A la suite du meurtre de son frère, Dan met un temps certain à éprouver du remord. Finalement, abandonné par tous, il se livre à la police. Condamné par les tribunaux, il sortira de prison grâce à une remise de peine et connaîtra le rejet total des siens, la solitude… sorte d’exil, à l’image de Caïn.

 

… « Et Yahvé mit un signe sur Caïn afin que le premier venu ne le frappa point » (Gén. 4,15). Dans les épisodes diffusés en ce moment sur C.W. TV (saison 6), Dan a été frappé par Carrie : elle l’a volontairement renversé avec une automobile, le retient prisonnier, lui inflige des souffrances tant physiques que morales et lui interdit de se rendre à l’hôpital où il est attendu pour une greffe cardiaque. Si Mark Schwahn poursuit sa relecture du mythe de Caïn et Abel, Carrie ne devrait pas tarder à sombrer dans les menaces de Yahvé qui a mis un signe d’intouchabilité et une protection sur Caïn / Dan pour qu’il assume son crime sa vie durant : « si quelqu’un tue Caïn, on le vengera 7 fois » (Gén. 4, 15).

 

Cette intouchabilité pourrait également expliquer pourquoi Mark Schwahn a fait que Dan ne soit pas parvenu à se suicider alors qu’il était en prison.


Patientons donc un peu pour connaître la suite de la saison 6 et voir jusqu’où ira le scénariste dans sa relecture ; mais Carrie devrait être pulvérisée pour avoir osé s'attaquer à lui.



Cette relecture du mythe biblique à deux niveaux, à deux générations de frères Scott montre bien que  Mark Schwahn joue avec les mythes et, bien sûr, la question qui se pose est jusqu’où est-il allé ? Y a-t-il d’autres exemples montrant que c'est volontairement, pleinement conscient de le faire qu'il a retravaillé des mythes ? Il me semble que oui mais, momentanément, je ne peux que garder le silence car je viens déjà de faire un gros cadeau à mes élèves en leur indiquant celui de Caïn et Abel ; certains ne l'avaient pas vu J.

 

3è réponse également moins niaise
 : valeurs et mythes, relectures demi-conscientes ou inconscientes.

Il paraît évident que, dans de nombreux cas, les auteurs n’ont pas conscience qu’ils relisent un mythe. Roland Barthes, notamment,  a montré leur omniprésence dans la vie quotidienne et les valeurs qu’ils véhiculent sont si fortement liées à notre culture que nous n’avons même pas conscience que nous nous y référons et, qu’en contant une histoire, nous en faisons un remake.

Ainsi, dans l’article précédent (http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-22995991.html), en ouvrant le texte par « il y a des jours où l’on se sent seul… très seul… Ce jour en est-un… », qui a observé que j’en appelais au mythe du mal aimé, de l’incompris, de l’ado attardé… ? Je peux vous assurer que c’est en cherchant un exemple simple d’usage inconscient du mythe que je viens de le réaliser… et, finalement, n’est-ce pas là les relectures les plus intéressantes ? Pour témoigner de mon malheur J j'ai, dans une demi-conscience, puiser dans le gigantesque acquis humain.

Y a-t-il des exemples de ce type dans OTH ?

Cela paraît certain mais, pour le savoir, il faudrait les identifier, les lister (là est une partie du travail de mes étudiants) et soumettre le résultat de cette quête à Mark Schwahn. Il faudrait ensuite qu'il ait la franchise d’indiquer là où il était ou non pleinement conscient du mythe qui se cachait derrière les idées qu’il utilisait : qu’il relisait (retour à la case départ, c.à.d. à la réponse 1, c'est pour cela que cette réponse n'est pas aussi stupide qu'il peut y paraître de prime abord). Nous, observant de l’extérieur, ne pouvons pas le savoir, sauf s’il nous fait un clin d’œil ; un signe. Ainsi, pour les pros de la série qui, ici encore, seront les seuls à pouvoir comprendre, il me semble recevoir un signe quand, dans l’épisode 601, Lucas, imaginant chacune de ses trois dames de cœur le jour de leur premier anniversaire de mariage, offre des roses rouges à Brooke (laquelle a d’ailleurs acheté le bouquet pour être certaine de recevoir ce qu’elle désire... J L), des lys blancs à Peyton et un bouquet de fleurs variées de couleur jaune, blanche, rose à Lindsey. En voyant ces scènes, j’ai d’abord pensé que ce choix avait été dicté par des impératifs chromatiques : les couleurs servant de cadre à l’ensemble devait être rehaussées par celle des fleurs. En y réfléchissant, je pense que  Mark Schwahn a volontairement voulu laisser parler le langage des fleurs ainsi que celui des couleurs et, pour cette question, je vous renverrai à un site consacré à OTH qui n’épuise pas le sujet, loin s'en faut, car il est finalement fort complexe et plein de discussions sans fin, mais qui montrera que je ne suis pas le seul à relever ce passage.

http://luniversdeonetreehill.oldiblog.com/?page=lastarticle&id=1993413 (aller en bas de page)

 




Autres images obtenues par captures d'écran et montage rapide à partir de l'épisode 601... sans autorisation (j'ai avoué mon "crime", puis-je les laisser ? Merci à la WB
J)
Pourquoi des roses rouges pour Brooke ?
Pourquoi des lys (sauf erreur) blancs pour Peyton ?
Pourquoi des fleurs diverses et multicolores pour Lindsey ?

Mark Schwahn  avait-il ou non une idée en tête ?









Alors, jusqu’où faut-il aller dans la quête aux relectures ?
Jusqu’au bout me semble-t-il ; que ce soit la réponse 1 (...pour mémoire J) ou 2 ou 3, il n’y a pas de limites, et c’est bien ce qui est peut-être le plus intéressant dans cette quête puisque s'y cache des valeurs communes à tous les êtres humains qui n'ont pas toujours réalisé qu'il existe une certaine universalité de pensée entre eux, malgré le temps et les différences culturelles.

N.B. S'il vous plaît, ne pas m'interroger sur la définition du mythe M; j'ai déjà rappelé qu'une approche de la question est donnée au début de Girl of next door, autopsie d’un montage pages 4 à 8. La valeur d'universalité qui vient d'être évoquée y est présentée et illustrée par une citation empruntée à J.P. Vernant (L'univers, les dieux, les hommes ; Vernant raconte les mythes, Seuil 1999 ; une excellente lecture).

                                           http://myfreefilehosting.com/f/6b5ba69a52_0.27MB

                   J  Si la question vous intéresse, merci de vous y rendre par un simple clic J



En attendant, ne manquons pas d’observer que ce même mythe de Caïn et Abel se retrouve, à un moindre niveau, entre les frères Scott, Lucas et Nathan. Dans quelques-uns des épisodes de la saison 1 notamment, Nathan désire bel et bien détruire son frère sinon physiquement, en tout cas moralement et socialement.

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