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"Mort aux vaches,
vive l'anarchie"
(G. Brassens)

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 10:40


Savez-vous qu’il n’y a pas que OTH dans la vie de vos travaux estudiantins… Il y a 3 groupes qui travaillent sur l’Atlantide, certains m’ont l’air en panne et appellent à l’aide…

 

1.   La finalité de votre recherche ne consiste en aucun cas à retrouver l’île légendaire !!!

Depuis le temps que des chercheurs de tout poil tentent de la dénicher, ils y seraient bien parvenus avant vous ; non ? Un peu de modestie J.

Amusez-vous, si cela vous tente, à inventorier les espaces qui ont été proposés (voir § 9 ci-après). Ils ne manquent pas mais, s’il vous plaît, un peu d’esprit critique particulièrement en ce qui concerne le Triangle des Bermudes, lieux irrationnels où disparaissent avions, bateaux et mêmes UFO en tout genre…. Mais si ! Mais si ! Chercher un peu sur le Net, il y a un site, dont je regrette de ne pas avoir conservé l’adresse URL, qui réussit à relier Atlantide – UFO/OVNI et affaire de Roswell.

Le besoin d’irrationnel… Voilà une valeur sûre qui a généré bien des mythes !

 

 

2.   Ici, comme pour les autres sujets, la base de votre quête sera d’abord de conter le contenu de la légende. Ce n’est pas un travail de Titans puisque le texte premier, le texte fondateur qui est à l’origine de toute l’affaire se trouve dans cette trilogie de discours entre amis que voulait rédiger Platon et qu’il n’a jamais achevée : le Timée, le Critias, le troisième volet restant une inconnue. 

Certains auteurs ont proposé que La République (en réalité « Politeia », c.à.d. Gouvernement ou Constitution de la cité) aurait pu être la fin de cette trilogie que, finalement, Platon aurait préféré traiter de manière indépendante.

Les textes concernant l’Atlantide se trouvent dans le Timée (17a à 27b) et, surtout, dans le Critias(108d jusqu'à la fin, laquelle est inachevée). Tout le reste n’est que surenchère du texte de Platon étant précisé que cette surenchère, très souvent produite par les amateurs d'ésotérisme et atlantophiles parfois atteints de d'insidieuses crises archéomaniaquerie aiguës , est une spéculation qui ne deviendra à la mode qu’avec la Renaissance.

Les Anciens, qu’ils soient Grecs ou Romains, n’ont jamais été « perturbés » par l’invention de Platon ; ils n’en parlent pas, c’est tout dire. Autant la Troie d’Homère les hanta, autant ils ne se préoccupèrent jamais de l’Atlantide platonicienne.

 

 

3.   A présent, il convient de faire preuve d’esprit critique. 

Lisez les textes de Platon et observez.

Observez, par exemple, qu’il joue à Homère lorsqu’il fait dire à Critias : « Cette guerre, il faut maintenant la raconter d’un bout à l’autre… » (Critias, 108 e).

En réalité, que fait-il (et c’est là où le rapprochement évoqué avec La Républiquen’est pas dénué d’intérêt) ? Il va totalement oublier son sujet, la guerre entre Altlantes et Athéniens, le tout il y a quelques 9 000 ans (qu’était archéologiquement Athènes à cette époque ?), pour se lancer dans la description de l’île, dans l’urbanisme de sa cité principale (1) et dans l'analyse de ses institutions politiques avant de s’en prendre à la perversion, à la dépravation des mœurs des Atlantes responsables de la destruction de l’île par un raz de marée.

Est-ce que, par hasard, cela ne vous rappellerait pas le projet d’un certain Thomas More et de son Utopia (Le lieu, le pays de nulle part... comme celui d'Alice au Pays des Merveilles, et le rapprochement est d'autant plus tentant que Utopia peut également signifier le lieu, le pays du bonheur ) ?... Situer en un lieu imaginaire (et donc inexistant) le pays idéal que l'on souhaite décrire est un procédé littéraire somme toute assez banal.

J.-P. Vernant a dit un jour que l'Atlantide de Platon était un « conte philosophique ».

Je vous engage vivement à lire l’article de Pierre Vidal-Naquet, « Athènes et l’Atlantide, Structure et signification d’un mythe platonicien » (1964), repris dans Le Chasseur noir, Paris, Maspéro 1983 (pp. 335 – 360)

 

(1)   « Cette île […] était alors plus grande que la Libye et l’Asie mises ensemble » (Critias, 109 e). Cette île gigantesque, qui fait songer à un véritable continent, ne peut avoir été sans comporter plusieurs villes…

 

 

4.   Maintenant, intéressez-vous à la fin de la légende.

Zeus constate « à quel point de dépravation en était venue une race excellente, et il voulut leur appliquer un châtiment […] ».

Il réunit tous les dieux (embryon de démocratie ?) « et les ayant rassemblé, il dit… ??? Fin du texte de Platon » ; c’est dommage mais, par des allusions intrusives tant dans le Timée que le Critias, le philosophe-conteur explique que l’Atlantide fut submergée par les flots et que les terres disparurent à jamais sous les mers et les océans, ne laissant qu’un vaste marécage.

  

 

5.   Coïncidence étonnante, étrangeté de l’histoire : le récit de Platon cesse un peu à la manière d’un texte beaucoup plus ancien qui vient de Mésopotamie et dont la rédaction dut être faite vers la fin du IIIème  / début du IIème millénaire (ce qui peut laisser entendre, avant le passage à l’écrit, une tradition orale plus ou moins longue). Il est traditionnel de donner à ce document le nom de son inventeur, la tablette de (Arno) Poebel.

Il s’agit d’un récit sous forme de poème, supporté par une tablette d’argile assez abimée, d’où la mention "[manque]" dans les extraits qui en sont donnés plus loin.

Le « héros » est un certain Zuisudra, dans lequel on reconnaît sans peine l’archétype du personnage biblique de Noé. Parce qu’il est d’une grande piété, comme Noé, il a été averti par une révélation divine que l’humanité va être détruite par un déluge, sauf lui. C’est pour cela qu’il a construit un bateau… une arche. Comme Noé toujours, il va être balloté par les eaux d'une gigantesque tempête provoquée par des trombes d'eau. Il finira par regagner la terre ferme lorsque les flots auront baissé.

 

« Zuisudra, debout à côté [manque -du mur ?-] écouta.

Tiens-toi près du mur, à ma gauche … [manque]…

Près du mur, je te dirai un mot, écoute ma parole ;

Prête l’oreille à mes instructions :

Par notre … [manque -> décision ?-]…, un Déluge va envahir les centre du culte

Pour détruire la semence du genre humain  [manque]…

Telle est la décision de l’assemblée des dieux… » 

 

(Traduction empruntée à Samuel Noah Kramer, L’histoire commence à Sumer, Arthaud 1957, pp. 201 – 207 ; pour une traduction et des commentaires plus récents, cf. Jean Botéro et S.N. Kramer, Lorsque les dieux faisaient les hommes ; Mythologie mésopotamienne, Gallimard NRF 1989, pp. 564 et s. Consulter bien évidemment ces ouvrages pour avoir le début et la suite du récit)

 

Etonnant ; non ?

A croire que Platon connaissait ce texte… ce qui n’est pas impossible si l’on considère l’observation non à la lettre, mais comme signifiant qu’il existait au Proche-Orient tout un fonds de légendes ayant trait à un déluge (à des déluges) dont Platon aurait très bien pu avoir connaissance par transmission orale. Ce fonds est d'autant plus une réalité qu'il est connu en archéologie et en épigraphie. Outre la tablette de Poebel, se trouvent notamment les copies, relativement nombreuses, d'un autre déluge ; celui inclus à l'Epopée de Gilgamesh

 

(L’Epopée de Gilgamesh : Le grand homme qui ne voulait pas mourir, traduit de l’akkadien et présenté par Jean Bottéro, NRF Gallimard, 1992, Coll. L’aube des peuples, le récit du déluge fait par Uta-napishti, autre Noé mésopotamien, commence p. 189, vers 89 de la XIème tablette)

 

Irait tout à fait en ce sens l’ouverture de la partie concernant l’Atlantide dans le Critias. Platon précise en effet « […] si nous nous rappelons la teneur de ce qui fut jadis raconté par des prêtres [égyptiens] et rapporté chez nous par Solon » (Critias, 109 d).

N’est-ce pas à une référence à l’un qui a raconté à l’autre qui l’a rapporté à un troisième, etc… Bref : n’aurait-on pas à faire à un récit transmis oralement comme le furent longtemps l’Iliade, l’Odyssée et moult épopées et récits en tout genre avant et après elles ?

 

 

6.   Maintenant, il paraîtrait opportun de  rebondir sur la constatation : le thème de l’Atlantide n’est jamais qu’une variante d’un Gigantesque thème mythique : celui du déluge qui touche toutes (ou presque) les civilisations.

Le constater avec des références rapides aux autres récits dans différentes parties du monde.

Constater également que nous sommes bien dans le cadre défini du mythe : intemporalité, universalité, etc.

voir http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-14471517.html

et, mieux, http://myfreefilehosting.com/f/6b5ba69a52_0.27MB, pp. 4 et s.

 

 

7.   Aborder alors la signification du mythe…

Ce n’est pas bien difficile, du moins pour les interprétations les plus probables et les plus évidentes… N’omettez pas l’hybris –ou ubris- si chère aux Grecs, le besoin d’irrationnel évoqué ci-dessus, etc.
Par ailleurs n’oubliez pas que Platon marque une rupture dans la pensée grecque ; pendant un siècle et demi, les philosophes s’étaient appliqués, ce qui est tout à fait remarquable et constitue un trait du génie grec, à aller du mythe à la pensée. Platon, lui, et cela particulièrement sensible dans le Timée, va inverser le processus pour aller de la pensée au mythe et, pour ce faire, n’hésite pas à chambarder, modifier, transformer les recherches de ses prédécesseurs afin que les connaissances humaines puissent prendre place dans son modèle théologique de l’univers.

 

(En cas de difficultés, une lecture simple : Jean-François Revel, Histoire de la philosophie occidentale, Pocket n° 166, Nil Edition 1995, réédité depuis ; voir notamment les pp. 142 et s.)

 

 

8.   Aborder à présent l'origine du mythe : des faits réels peuvent-ils en être à l’origine ?... Pluies exceptionnelles, fleuves sortant de leur lit et provoquant des inondations, tsunami et tectonique des plaques. Cherchez un peu. 

 

 

9.   C’est seulement maintenant que vous pouvez songer à vous mettre en quête d’une possible Atlantide. Listez si vous voulez les hypothèses et retenez celles qui vous intéressent le plus. Un passage obligé toutefois du fait de sa notoriété : la thèse d’une identification avec Théra.

 

 

10. Pour finir, si cela vous amuse, vous pouvez évoquer les étonnantes dérives du mythe atlante.
Ainsi, je me souviens avoir été invité à une conférence, parait-il très sérieuse, sur le pouvoir prophylactique des pierres précieuses et semi-précieuses dans la civilisation atlante 
J J et re- J !!!

Sauf tétra-giga-oubli de ma part J , l’Atlantide n’a jamais été retrouvée et fouillée J. Cela signifie donc que LA Référence en la matière reste et demeure Platon, et lui seul. En conséquence, j’aimerais que les atlantomaniaques aient la gentillesse de me montrer dans quel passage du Timée ou du Critias cet intéressant sujet sur la médecine atlante est traité ! J

Passionnant le mythe atlante car, partant d’un mythe, il a été construit et construit encore des mythes sur le mythe d’origine ; les hommes y ont projeté bien des élucubrations et fantasmes traduisant les angoisses, les peurs, les rêves, etc. de leur nature profonde.

Le mythe atlante est ainsi devenu un vaste fourre-tout duquel me semble malgré tout dominer la peur de la solitude, de l’inconnu ce qui n’interdit pas (bien au contraire ; l’homme aime se faire peur !) le goût du mystère qui incite, par exemple, à croire que, dans un autrefois lointain et impossible à déterminer, ont existé des sociétés idéales, des civilisations dont les connaissances étaient semblables aux nôtres, voire étaient plus avancées..

Le mythe du savoir perdu… C'est bien là l’une des créations essentielles désormais attachée à l’Atlantide. En réalité, ce mythe semble être né lorsque les Renaissants (re)découvrirent que la terre était ronde grâce à la collaboration du Byzantin Manuel Chrysoloras et des Florentins Rossi et Angelo qui publièrent, en 1406, une traduction latine de la Géographie de Ptolémée, Magellan et Elcano en faisant la démonstration concrète en 1522. La rotondité de la terre ? Bien des Anciens en étaient convaincus et l’avaient fait savoir dans leurs écrits -d'où le trouble des Humanistes-. Ainsi en était-il de Ptolémée auquel il vient d'être fait allusion, mais il n'est pas possible d'évoquer cette question sans mentionner qu'à l'Université d’Alexandrie (à la Bibliothèque, si l'on préfère), Eratosthène de Cyrène (IIIè s. av. n.è.) avait calculé le méridien terrestre avec une erreur de l’ordre de la centaine de kilomètre. S’il en était ainsi, qu’est-ce que les Romains et les Grecs (premiers frissons J),  les Egyptiens (super-grands frissons J) les Atlantes (giga-frissons J ) pouvaient bien encore savoir de plus que nous ?

Qu'est le fameux "orichalque" des Atlantes ? Etymologiquement ce n'est jamais que "le cuivre de la montagne" ? Allez ! Soyons sérieux ; c'est obligatoirement plus que ça ! Voyez, par exemple, ce qu'en fait le célèbre auteur de bédés Edgar P. Jacobs dans l'une des aventures de Blake et Mortimer, L'Enigme de l'Atlantide... Et observez comment, par un glissement de valeurs tout à fait remarquable, le mythe atlante devenu celui du savoir oublié finit par rejoindre le mythe de la société idéale, sorte de Paradis terrestre, de Jardins d'Eden... ce Pays de Nulle Part probablement voulu par Platon ; étonnant retour aux sources.
Et si, en dernière analyses, les Atlantes étaient des extra-terrestres 
J ? Hein !?...
La Cathédrale de Chartes serait bien un vaisseau spatial à en croire l’imagination débridée ou le charlatanisme de certains ; alors pourquoi ne serait-ce pas le leur 
J J

 

                   

Constatation : comme d'habitude, je me suis fait avoir...
Ne vous ai-je pas fait votre dossier pour les uns, exposé pour les autres ?!
Comme je m'aime bien, je me mets 18/20 ; que vous reste-t-il ?
 

 

 

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