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Pensée...


"Mort aux vaches,
vive l'anarchie"
(G. Brassens)

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 17:56

Ajout du 18 mai. Certains me signalent que plusieurs des liens de ce post sont inactifs : vrai ; je viens de vérifier. Il est question d'une erreur 404... Et pourtant ces liens sont valides. Faites-en un copier / coller dans la barre des adresses URL. Je viens également de vérifier l'efficacité de la manoeuvre : elle fonctionne.

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Vous êtes quelques-uns (1) à me demander de ''réveiller'' ce blog, et d’au moins mettre en ligne ce que je pense de mon récent déplacement (2) en Pologne.

Si cela peut vous satisfaire, allons-y rapidement (j’entends que je risque d’être bavard, vous me connaissez…  -J ou L ?-  mais que je ne fignole pas la forme) étant précisé que je ne fais ici que livrer mon ressenti, mon vécu personnel, sans aller plus loin. De plus, nouvelle forme de psychothérapie, la psychothérapie internetteuse, variante moderne du journal intime d’antan, me permettra peut-être d’évacuer une partie du poids, de la lourdeur, bref du mal être que je ressens depuis que je suis revenu.

Direction Cracovie (cité à mon goût assez décevante), donc, mais le but clairement avoué était de me rendre à Auschwitz et Birkenau, soit encore Auschwitz I et II (un coup d’œil sur http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/3_auschwitz.htm pourra aider la mémoire de ceux qui la sentirait défaillante). Je ne m’étais jusqu’alors jamais rendu sur un K.L. (Konzentrations Lager, camp de concentration) y compris celui de Struthof alors que, pourtant, je suis allé bien des fois à Strasbourg ou ses environs, que j’y ai séjourné et que j’aurais pu, sans difficulté aucune, trouver le temps pour faire les quelque 60km qui m’en séparaient ; une sorte de pudeur, de répulsion, de ‘’je sais, mais ne veux pas voir’’, de ‘’je-ne-sais-comment-définir-le-malaise ’’ m’en avait toujours empêché.

Compte-tenu de la gêne évidente que traduisent ces mots, ma première interrogation ne surprendra pas :    

1er question : quelles motivations à ce déplacement ?  

Aucune idée, d’autant qu’il a exigé un revirement depuis l’attitude que je viens d’évoquer à l’égard de toute visite au camp de Struthof.  

 

Comme je ne pense pas avoir depuis acquis des tendances au voyeurisme ou à la morbidité, comme je ne suis pas devenu négationniste, je m’interroge également.

 Aucune réponse à formuler et si vous connaissez un ‘’psy’’ intéressé par l’analyse, c’est volontiers que j’irai faire une sieste loquace sur son divan.

En attendant, je me contente d’évoquer mon insatiable curiosité qui a fini par prendre le dessus. Comme je suis curieux envers tout et n’importe quoi, en particulier –choix professionnel oblige-, pour l’histoire, je pense que je me suis laissé entrainer. Les K.L. (expression des professionnels de l’histoire reprise aux nazis et que j’utilise à dessein car elle autorise une certaine pudeur) constituent l’un des moments les plus horribles de l’histoire de l’humanité. Me paraît donc une explication acceptable celle de vouloir voir pour tenter de mieux appréhender comment la bêtise (et je reste poli !) humaine peut conduire à vouloir exterminer ceux dans lesquels on refuse de reconnaître ses semblables (… nonobstant des intérêts économiques !) qu’ils soient Juifs ou d’autres origines puisque le General Plan Ost (= de l’Est) prévoyait de repousser la ‘’frontière ethnique’’ du IIIe Reich de 1 000 km vers l’Est,  les populations indigènes, essentiellement des Serbes, devant être ou massacrées ou déportées au-delà de l’Oural.

2ème question : présentation des lieux.

Je reconnais avoir été choqué (non au sens moral, mais à celui d’ être sous le choc, comme après un coup pris en plein visage) par l’étalage de vestiges considérés de prime abord par moi (et ma fille qui était présente) de ‘’mauvais goût’’ : gigantesque vitrine de cheveux coupés aux nouveaux arrivés bons pour le travail ou cheveux coupés sur les cadavres sortant d’une chambre à gaz ; tissus réalisés avec lesdits cheveux (il manquait l’illustration d’un matelas de… ‘’crins’’ de cheveux) ; autres gigantesques vitrines contenant des chaussures, des peignes, des effets personnels, des valises, etc. ayant appartenu aux détenus.

J’ai craqué et n’ai pas pu entrer (‘’nous’’ ne sommes pas entrés, et j’ai vu deux visiteurs qui avaient la même réaction que Miss Mablonde et moi-même) dans la salle où se trouvait cette autre vitrine que je n’ai fait qu’entrevoir ; elle contenait des prothèses de bras, de jambes…  Ce n’est pas supportable ; faut-il rappeler que la politique sociale de solidarité orchestrée par les nazis conduisait à exterminer également tous les handicapés ?

Réaction instinctive : il m’a semblé qu’il y avait des limites à l’indécence.

Bref, vous m’avez compris : ma réaction a été une allergie à ces présentations que j’ai spontanément considérées comme impudiques, comme irrespectueuses envers les disparus.

Je me suis alors contraint à m’interroger sur un problème évident que je ne m’étais pourtant pas posé avant le départ : que t’attendais-tu à voir en ces lieux de mémoire ? En ‘’bon’’ archéologue, ma réponse aurait été : un site, des lieux, des bâtiments qui interpellent. Et alors grosse banane (observer que je ne suis guère poli avec moi-même) dans ces lieux, des objets ont été trouvés, et ces objets… il faut bien les mettre dans les vitrines d’un musée !  

Oui ; certes ; peut-être ; sans doute… Mais je ne suis pas convaincu.   Les réserves des musées peuvent être bien utiles, et je maintiens qu’il y a parfois des limites qu’il conviendrait éventuellement de ne pas franchir.

Puis, sur mon chemin d’Auschwitz I, j’ai croisé Monsieur et Madame Cenêpavrai, dont le fils se prénommait, bien naturellement, Thomas J… Il y a alors eu un déclic dans mon esprit particulièrement perturbé de ce jour, d’où sans doute son côté obtus, et j’ai fini par penser que cette présentation quasi indécente pour moi, historien probablement plus et mieux informé que le visiteur standard, était peut-être bienvenue pour tous les M. & Mme Thomas Cenêpavrai qui visitaient ces lieux au son de ‘’c’est pas croyable !’’, ‘’je n’y crois pas !’’ et autres ‘’ce n’est pas vrai !’’, bien sûr. Loin d’être des négationnistes, peut-être ont-ils besoin de recevoir une douche froide d’horreurs non pour croire, mais pour prendre conscience de l’ampleur de l’une des plus noires tragédies de notre histoire, et cessons d’en tenir pour responsables les seuls nazis, les seuls Allemands ; nous sommes tous impliqués, sinon historiquement en acte, en tout cas intellectuellement et moralement.

Réaction peut-être stupide : ce que j’avais sous les yeux dans ces ‘’maudites’’ vitrines, je l’avais vu des dizaines, des centaines de fois dans des publications sur papier (3) ou support audio-visuel : l’incontournable Nuits et Brouillards, Shoah, De Nuremberg à Nuremberg, Auschwitz, Le monde le savait-il ?, etc. sans oublier les innombrables films plus ou moins romancés, La Liste de Schindler et Le Pianiste, étant des classiques sur la région concernée.

A l’analyse, je me demande si le choc que j’ai reçu n’est pas provenu du fait que ces vestiges passaient de l’abstrait, du virtuel au concret, au tangible.

Interrogation : au nom de la décence, du respect des victimes, certains documents ne sont-ils plus à leur place sous forme d’images dans des publications historiques spécialisées que bien réels sous les yeux du passant ?

Chacun sait que, chaque jour, des accidents coupent en morceaux des êtres humains, font éclater des crânes et des abdomens. Des images insoutenables d’accidents de la circulation se diffuse via la Toile ; personnellement, je passe directement à la corbeille tout ‘’.ppt’’ ou ‘’.pdf’’ que je reçois sur le sujet. Mais, fort heureusement pour la délicatesse, jamais encore personne n’a eu l’idée d’exposer les véhicules accidentés, et moins encore, les corps déchiquetés, même si, sous prétexte de faire de l’art, Gunther von Hagens propose ses ‘’œuvres’’ (en sont-ce ?) plastinés très personnelles, n’hésitant pas à faire des relectures qui, je le reconnais, parfois m’interpellent car je ne sais plus trop que penser. Tel est notamment le cas de ses adaptations du Châtiment de Marsyas, lequel Marsyas tient son tégument non fictif de la main (4).

Que conclure…  

Suis-je particulièrement sensible ou ce côté voyeurisme malsain que j’ai parfois ressenti devant ces vitrines et qui, à mon sens, va bien au-delà de l’émotionnel –lequel peut de surcroît être dangereux, car capable de fausser l’analyse rationnelle (6)- est-il une réalité ?

Je ne sais pas, je ne sais plus, surtout lorsque, au fil des pages web, je rencontre l’émotion véritable et bien assimilée intellectuellement d’internautes qui, face à ces horreurs, ont eu de saines réactions (un exemple entre 100 http://www.sciencepresse.qc.ca/promenades/auschwitz.html ) ou d’autres qui, prenant le contre-pied de mon ressenti titrent, et je comprends leur cheminement, ‘’Quand les livres s’ouvrent’’ http://marthefare.com/2011/01/19/auschwitz-comme-je-lai-ressenti%E2%80%A6/

Voici en tout cas un thème de communication digne d’intérêt que je vous soumets et, poursuivant ma visite des lieux tout en persistant à détourner mon regard ici ou là, j’ai tenté de me convaincre que, peut-être, les horribles documents exposés étaient une nécessité pour les négationnistes les moins affirmés de passage en ces lieux. Car je doute qu’un document, quel qu’il soit, puisse convaincre les révisionnistes acharnés qui, sans chercher la plaisanterie cynique, soutiennent que les dimanches et les jours de fêtes, après une agréable grasse matinée, les prisonniers qui le souhaitaient pouvaient se livrer au ‘water-polo dans une piscine en plein air construite par les détenus à l’intérieur de l’enceinte’’ (Marc Klein, http://robertfaurisson.blogspot.com/2001/07/la-piscine-dauschwitz-i.html qui continue à faire des émules http://no-sioniste-medias.blogspot.com/2009/03/la-piscine-dauschwitz.html ; dans même ordre d’idées, donner un coup d’œil à http://www.france-info.com/france-politique-2008-04-25-detail-de-l-histoire-le-pen-enfonce-le-clou-127419-9-10.html. Pour une opinion plus clairvoyante, et historiquement plus crédible, se reporter par exemple à la p. 61 de l’ouvrage référencé à la note 9)

N.B. Si ces lignes devaient être lues par les Responsables du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, tel est le nom officiel de ces lieux –et puis-je avouer que le terme même de musée me heurte ?-, je souhaiterais qu’ils n’y voient aucune attaque personnelle, mais le simple vécu d’un passant mal à l’aise, gêné, perturbé, horrifié et qui le reconnait sans fioriture.

suite : http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-auschwitz-et-birkenau-impressions-d-un-pelerinage-73460976.html

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(1) Une petite dizaine… Cela ne fait pas lourd ; je ne sais pas ce qui se passe, mais plus personne ne m’aime sur ces pages L ! Sans doute les anciennes ‘’promos’’ ont-elles conservé le ‘’secret’’ de ce blog et n’en ont-elles pas fait circuler le lien auprès des p’tits jeunots. Notez que finalement, ce n’est pas plus mal car ‘’raconter sa vie’’ prend un temps fou ! Cela me fait des vacances ; alors que ceux qui ont l’adresse URL aient la gentillesse de se dispenser de la faire circuler au… ‘’tout venant’’, j’entends de ne confier l’adresse qu’à ceux des ces étudiants qui, grâce à leur sens de l’humour, leur intelligence (au sens essentiel d’ouverture d’esprit), leur travail (… ou leur côté fumiste au bon sens du terme) font que je prends plaisir à discuter avec eux hors du cadre des cours, T.P. et autres séances de travail.  

(2) C’est à dessein que je refuse d’utiliser le mot de ‘’voyage’’, l’idée de tourisme, de loisirs ou d’amusements qu’il peut éventuellement suggérer me semblant tout à fait inadaptée à la situation.  

(3) Je ne vais pas dresser une bibliographie exhaustive ou sélective. Ce serait prétentieux de ma part. N’étant pas un spécialiste de la ‘’question’’, j’oublierais des ouvrages fondamentaux que je méconnais probablement et tout choix sélectif de ma part serait d’autant plus critiquable qu’il aurait été motivé par le ressenti du Candide que je suis et non par la rigueur de l’historien. J’aimerais simplement faire ici état du fait que je n’avais jamais lu les ‘’mémoires’’ (quel terme utiliser ?... Préférez-vous Confessions orientées pour assurer une défense face à l’accusation de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité… ?) de Rudolf Hoess qui fut, faut-il le rappeler, commandant du camp d’Auschwitz. J’engage vivement ceux qui ont la même lacune à faire ce que je viens de réaliser : la combler. Ces mémoires sont publiées sous le titreLe commandant d’Auschwitz parle et se trouve en édition économique. J’y ai notamment découvert que bien des commentaires lus dans des publications sortent directement, mais sans référence aucune, de ces écrits épouvantables : nombrilisme de l’auteur, émotions qui, souvent, sonnent faux, récits qui content la mort, le massacre, le supplice comme étant la normalité d’une culture bien spécifique, le nazisme, et qui fait office de justificatif à l’auteur..  

(4) L’ ‘’œuvre’’ ( ?) n’est pas désignée nommément, mais est illustrée sur http://www.artezia.net/art-graphisme/art/vonhagens/vonhagens.htm (11ème image en déroulant la page).

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commentaires

Marthe 26/05/2011 14:50


Je viens de découvrir votre article et je peux dire que j'ai pris plaisir à le lire. Toutefois, je tiens à revenir sur certaine chose. Je ne prend pas le contre pied de votre ressenti. Au
contraire. J'ai écrit mon billet dans un état bien précis, et pour le comprendre, il faut savoir pourquoi. Je suis togolaise. Pour moi, la deuxième guerre n'était que 3 ligne dans un livre
d'histoire. Le mot shoah, je l'ai entendu pour la première fois que dans ce voyage organisé par mon école. Et pour moi, surtout africaine, la deuxième guerre était une réalité abstraite. Je n'avais
jamais v d'image de camps de concentration (Il n'y en a pas dans mes livres d'histoire). Bref, mon billet a été écrit le soir après la visite de Auschwitz. J'en ai voulu à mon école de ne nous
avoir pas préparé psychologiquement pour ce que j'allais voir. Et si un seul instant j'avais su que c'est ce à quoi j'assisterai, je n'y serait pas allé. Car pour moi, c'est là ou je vous rejoins,
c'est lieux ne devraient pas constituer "un musé" ou n'importe qui pouvait entrer, surtout qu'il y a encore la présence de restes humains. D'ailleurs, quand je suis rentré de ses camps de
concentration, je n'en ai publié qu'une seule photo. J'aurais voulu avoir le courage d'en publier toutes celle que j'ai prise, mais je vois derrière chaque cheveux, chaque prothèse, chaque
chaussure, chaque valise une personne dont l'âme hantée doit encore trainé dans ses lieux. Et pour moi, le pire a été de nous faire accompagner par des victimes qui pour moi revivraient a chaque
mot de la guide, ces moments. Je m'attendais à voir un lieu emprunt d'histoire, mais pas à voir "des restes d'humains".


Mr Canard 26/05/2011 19:28



Bonsoir Marthe,


C'est bien volontiers que je publie ton témoignage plein de délicatesse et de sensibilté.


Je trouve invraisemblable que des collègues enmmènent des jeunes à Auschwitz (ou autre camp concentration / extermination) sans prépération historique... et donc psychologique sur ce qui va être
vu.


Bien amicalement à toi