Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le Défouloir d'un prof
  • : Voir : http://le-bosse-fort.over-blog.com/2014/09/presentation-du-blog-du-canard-mise-a-jour.html
  • Contact

Pensée...


"Mort aux vaches,
vive l'anarchie"
(G. Brassens)

Recherche

Liens

20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 14:11

J’avais promis de mettre en ligne au moins un texte qui laisse entendre que la démocratie athénienne était, peut-être, plus… démocratique que nos démocraties contemporaines.


Voici la version intégrale de celui que j’ai cité de mémoire l’autre jour.


Je vous laisse juge ; appréciez-la et, plus encore, critiquez-la...


«  […] Au v° siècle av. J.-C., le visiteur qui se plongeait dans l'animation de l'Agora, place du marché et centre politique de la cité, avait toutes les chances de croiser le sculpteur Phidias, les dramaturges Sophocle et Euripide, l'auteur comique Aristophane ou encore l'historien Thucydide. S'il se rendait à l'échoppe de Simon le cordonnier, à quelques pas de la place vers le sud-ouest, il avait toutes les chances de tomber sur le philosophe Socrate en plein cours avec de jeunes élèves aux noms aussi prestigieux que Platon ou Xénophon. Aucune autre période de l'histoire n'a vu tant de noms illustres vivre au même moment, et encore moins au même endroit.

Ces personnalités étaient le produit de la première et peut-être seule véritable démocratie n’ayant jamais existé. Il n'existait aucun parti politique, aucun homme politique de carrière. Toutes les décisions étaient soumises au vote populaire. Chacun pouvait s'adresser à l'assemblée du peuple. La persuasion était le seul moyen politique autorisé. Tout homme politique impopulaire ou discrédité pouvait être banni pendant un temps. Personne ne pouvait espérer défier la volonté du peuple sans en payer le prix.

Naturellement, ce système présentait aussi des inconvénients. Il arrivait qu'on prenne des décisions injustes et stupides ; Socrate fut d'ailleurs condamné à mort par l'un des tribunaux démocratiques d'Athènes, néanmoins on lui offrit l'opportunité d'échapper à la mort en lui proposant l'exil. C'est son refus de quitter sa ville aimée qui lui coûta la vie. Si les femmes et les esclaves n'avaient pas le droit de voter, il faut considérer le problème dans le contexte de l'époque. Nous ne devons pas juger les sociétés antiques selon nos critères de la fin du xx° siècle. Les Athéniens seraient horrifiés de voir ce que nous qualifions de démocratie. L'esclavage se pratiquait dans toutes les sociétés de l'Antiquité. Nulle part il n'était condamné, pas même dans l'Ancien ou le Nouveau Testament. À son crédit, Athènes était connue pour son attitude extrêmement libérale à l'égard des esclaves. Les femmes menaient une vie confinée d'épouses et de mères, dans des conditions assez proches de celles des cultures non occidentales d'aujourd'hui. Certes, les dramaturges Aristophane et Euripide se firent tous deux les avocats d'une amélioration de leur statut. Néanmoins, même si nous sommes d'accord avec eux, il n'est pas certain que les Athéniennes aient partagé leurs opinions. »

Peter Connolly et Hazel Dodge, La vie dans les cités antiques ; Athènes et Rome

Edition originale Oxford University Press, 1998.

Edition Française, Könemann, Cologne 1998, traduction Françoise Fauchet, p. 9

 

 

Quelques mots de commentaire malgré tout pour reprendre quelques-uns de points qui semblaient vous intriguer.

 

Si l’on parvenait à sécuriser l’Internet, à défaut de réunir les citoyens sur la Pnyx avant d’aller se faire une moussaka avec une bouteille de retsina dans une taberna sympa de la Plaka dirla-da-da-et-tout-ça J, le web pourrait être un moyen éventuel de rétablir des démocraties directes (rappel : la Confédération Helvétique a, depuis longtemps, une bonne part de démocratie directe dans son système politique... sans recours à l'Internet).

 

Si quelques-uns parmi vous veulent reprendre l’idée, il ne leur reste plus qu’à créer un mouvement politique J. Mais ne rêvez pas trop. A Athènes, outre de possibles sessions extraordinaires, une réunion ordinaire avait lieu environ tous les 9 jours.

 

Voyez-vous nos respectables con-citoyens abandonner Koh-Lanta, Secret Story, la Nouvelle star… ou le match de foot prélude au méchoui sur automobiles carbonisées, à moins qu’ils ne préfèrent cette autre rencontre de foot à coups de mains baladeuses face à un arbitre qui devrait, selon l’évidence, se rendre de toute urgence chez un ophtalmologiste ?!!  Soyons sérieux ; il y a des soirées culturelles qui rythment et priment la vie quotidienne. Ai-je une tête à aller perdre mon temps à m’informer sur les réformes et nouveautés qu’il conviendrait de mettre en place, puis à voter les dispositions idoines pour tenter d’améliorer notre société, notre monde ?  

 

Il est tellement plus facile, et plus encore peinard pour l’image que l’on a de ses capacités à imaginer des solutions à nos problèmes, de laisser faire les autres… puis de les critiquer.

 

Oh ! Ce désintérêt ne serait d’ailleurs pas une nouveauté propre aux Français. A Athènes même, on observe que l’on dut admettre que le quorum serait atteint quand seraient réunis sur la Pnyx 6 000 citoyens ; sur quelque 40 000, cela donne -qui dit mieux ?- environ 1 présent pour 6,5 absents, soit encore quelque 85% d’abstentionnistes. Pour motiver les citoyens, les indemnités à l’origine destinées à permettre l’accès aux magistratures des plus démunis, furent étendues à la simple présence à l’Ecclesia et l’on sait que les jeunes recrues militaires se rendaient auprès des flâneurs de l’agora ;  à l’aide de cordes, elles tentaient de les tirer en direction du lieu d’exercice de la démocratie. Aristophane ne s’est pas privé de rire de cette situation.

 

La démocratie athénienne n’a finalement été qu’une parenthèse de l’ordre d’un siècle et demi dans le totalitarisme qui caractérise très globalement l’histoire. Combien de temps les nôtres tiendront-elles ?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Pierre Decaillet 29/01/2013 09:21

Bonne retraite, vous l'avez bien méritée.
Vos élèves ont eu bien de la chance de vous avoir. En tous cas, j'aurais aimé être l'un d'entre eux.
Oui j'aurais aimé moi aussi être professeur de français. Ça a été un temps un des mes fantasmes. Mais à posteriori, compte tenu de la situation actuelle, je crois que ne n'en aurais pas été
capable.
Pourquoi fermer ce blogs? D'autres aimeraient peut-être aussi vous entendre qui sont des anciens élèves.

J'ai 70 ans et je passe (une partie seulement de) mon temps à errer sur le net pour trouver des perles intéressantes. Et je dois dire que j'y prends beaucoup de plaisir.

Continuez à "débloguer" sur le net comme vous le faites et bonne retraite.

Pierre Decaillet

Mr Canard 30/01/2013 09:41



Merci, c'est gentil.


Vrai que certains de mes 'anciens' viennent parfois 'me' rendre visite ici mais, à l'origine, j'avais ouvert ce blog avec l'aide de l'une de mes étudiantes ou bien pour faire passer des
messages concernant les travaux en cours... ou bien pour commenter ce que je n'avais pas osé dire en cours (et combien de foi, sur ce blog également, n'ai-je pas eu le culot de livrer le
fond exact de ma pensée ! Lorsque l'on voit comment il est facile de déformer ce qui est dit / écrit ! C'est bien pour cela que l' 'affaire' des propos de Gad Elmaleh m'agage au plus haut point !
cf. http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-gad-elmaleh-longue-vie-aux-c-114872179.html).


Alors, malgré vos gentils engouragements, je ne sais pas trop... 'On' verra, j'ai désormais le temps d'y réfléchir.  


Bonne retraite à vous également, et bonne lecture.