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"Mort aux vaches,
vive l'anarchie"
(G. Brassens)

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 16:43

A propos de Rudolf Hoess, Le commandant d’Auschwitz parle,  l’indication des pages

renvoie à l’édition publiée par La Découverte / Poche, N° 193, mars 2010

 

Ce qui m’a le plus frappé dans les propos de Rudolf Hoess ?

 

Plusieurs de ses propos m’ont heurté, mais j’ai particulièrement été marqué par la manière dont il explique ‘’j’étais dur et sévère, souvent même trop dur […] Mais je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices’’ (p. 219).

Serait intéressant de savoir ce que pouvaient être, selon lui, cruauté et sévices.

 

Il s’émeut de punitions corporelles, comme les coups de bâton dont il fut le témoin à Dachau (pp. 82 sq.), mais lorsque commence le récit des exterminations et évoque les premiers gazages du ‘’Bloc 11’’, il reconnait avoir été présent (p. 179) sans aucun sentiment authentique de révolte. Il est vrai que si les ordres d’exterminations avaient pu lui paraître ‘’monstrueux’’ (sic), il considérait que ‘’[son] horizon n’était pas suffisamment vaste pour [lui] permettre de [se] former un jugement personnel sur la nécessité d’exterminer tous les Juifs’’ (p. 177) ; conditionnement type bourrage de crâne modèle fasciste et ‘’doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme’’ (p. 220) obligent : ‘’Führer ordonne, nous te suivons [était] plus qu’une simple formule, qu’un slogan. Pour nous ces paroles avaient valeur d’engagement solennel’’ (p.177). ‘’J’étais, poursuit-il, un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich’’ (p. 221) qui applique sans broncher des ordres donnés (p. 224).

 

Quel curieux inconscient me semble-t-être celui qui contribue à chercher activement des solutions pour mettre en œuvre la Solution finale, qui flagorne auprès d’Eichmann sur les expériences réussies qu’il a eues avec le zyklon B,  décrit avec un luxe de détails épouvantable une exécution en chambre à gaz type (pp. 244 - 245)   et… débat avec le même Eichmann pour déterminer les endroits les plus à l’abri ‘’des regards indiscrets’’ (p. 225), disserte sur le fait que l’odeur et les cendres volatiles des crémations sur des kilomètres et que les populations s’interrogent, ce qui était contraire aux ordres concernant la discrétion avec laquelle il convenait d’accomplir ces ‘’actions’’ (p. 233) ou n’hésite pas à expliquer avec force détails les expériences qui avaient eu lieu pour faire disparaître toute trace de cadavre ‘’de telle façon qu’on ne puisse jamais par la suite en tirer des conclusions concernant le nombre d’incinérés’’ (p. 230).

Et c’est sans état d’âme aucun qu’il évoque la création du ‘’commando 1005’’ de Blobel (ibid), architecte… en tout cas dans l’art de construire la mort.

 

Il est vrai que dans l’étrange esprit de Hoess, il n’y avait peut-être ni cruauté, ni sévices dans l’utilisation des gaz puisqu’il avait observé qu’avec le zyklon B, la mort venait sans ‘’crispations’’ (sic) sur les victimes, ce qui avait produit sur lui une ‘’impression plutôt rassurante’’  (p. 180 ; mêmes idées p. 245) et que, finalement, il lui semblait que mourir gazé était une disposition humanitaire dans la mesure où elle ‘’épargnait beaucoup de souffrances’’ aux plus faibles (p. 194). Mais comme de toute manière ceux qui arrivaient les plus forts devenaient rapidement les plus faibles compte tenu des conditions de détentions…

Et quand, enfin ! il devient humain et semble réaliser la cruauté de ces sévices que sont l’exécution massive des chambres à gaz puis les crémations auxquelles ‘’mes fonctions m’obligeaient à assister’’ (p. 189), on est étonné du ton et du vocabulaire.

Aucune explosion d’indignation.

Non ; il se réfugie, comme d’habitude, derrière les ordres et son devoir à accomplir, expliquant qu’il ‘’enterre les scrupules de [son] cœur’’, scrupules ‘’pourtant si humains [mais qui] prenaient dans [son] esprit l’aspect d’une trahison envers le Führer’’ (p. 190).

Au final, ses explications sont presque d’une ‘’indifférence [aussi] glaciale’’ que celle qu’il dit avoir affichée par devoir (ibid.)

 

J’ai parfois le sentiment que si tout cela n’avait pas été vrai et que l’on faisait aujourd’hui un roman ou un film de fiction du type thriller bien au goût du jour en imaginant des situations semblables, la critique serait unanime pour déclarer que ce n’est pas crédible.

 

Rudol Hoess assassin ?

Bien sûr… Mais un assassin qui fonctionne comme une mécanique bien programmée et, n’en déplaise à l’un de mes Professeurs de Droit Pénal qui était obnubilé par le problème des ‘’baïonnettes intelligentes’’ (pour ceux qui ne connaissent rien sur la question, voir par ex. http://fr.wikipedia.org/wiki/Ba%C3%AFonnette_intelligente pour une première approche), je pense que le problème va bien au-delà. C’est l’éducation qui est en cause, c’est l’art de bourrer le crâne de son prochain qui fait peur !

Lequel de mes collègues a déjà eu la curiosité (et la sincérité) de lire au travers des programmes (notamment ceux d’histoire) fixés par l’Education Nationale de différents pays, France incluse. Parfois, on reste songeur… on peut même être pris de vertiges.

C’est encore l’affaire relativement célèbre de La Vague sur laquelle il y avait eu un léger dérapage en cours du fait que je m’étais autorisé une crise de scepticisme en mettant en garde contre un possible dérapage des actions du type  Extreme Makeover Home Edition et le fascisme… sans en  aucun cas accuser les actions des maçons du cœur d’être des opérations fascisantes déguisées  ; il n’est pas toujours facile d’exposer clairement sa pensée… L.  http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-macons-du-coeur-la-vague-fascisme-nazisme-52257637.html

Il me paraît en tout cas inutile d’y revenir. En évoquant la question, j’avais cité un passage essentiel de Todd Strasser (The Wave, Randon House, 1981), celui qui met l’accent sur les dérapages possibles de tout mouvement qui conduit à une perte d’identité individuelle au profit d’un identification collective.

Et c’est sans doute là, me semble-t-il, que réside le danger et nos sociétés ne parviennent pas à s’en protéger, voir par exemple du côté des sectes et des organisations terroristes.

 

 

N.B. Au sujet de la personnalité de Rudolf Hoess (encore écrit Höss), vous pouvez lire des analyses beaucoup plus autorisées que les miennes, par ex. chez :  

- Hermann Langbein, Hommes et femmes à Auschwitz, Tallandier, Collection Texto 2011, pp. 301 sq.

- Primo Levi, Les naufragés et les rescapés - Quarante ans après Auschwitz, Arcades / Gallimard-NRF, 2011, pp. 28 sq.

 

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