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"Mort aux vaches,
vive l'anarchie"
(G. Brassens)

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 09:09

Rappel :

A la suite de mon premier passage en ces lieux de sinistres mémoire que sont Auschwitz-I et II-Birkenau, je vous avais livré mon ressenti en mai 2011http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-auschwitz-et-birkenau-impressions-d-un-pelerin-1-73491567.html et http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-auschwitz-et-birkenau-impressions-d-un-pelerinage-73460976.html,,  ce 2è lien conduisant à des propos concernant plus particulièrement le ‘tourisme’ et donc ceux du présent post.

Début janvier 2012, quelques-uns d’entre vous m’avaient fait suivre un article qui m’avait conduit à donner mon opinion sur la solution proposée par Alain Finkielkraut selon lequel, face aux dérives provenant d’un tourisme de masse, respecter Auschwitz serait de ne plus s’y rendre  http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-respecter-auschwitz-est-il-de-ne-plus-s-y-rendre-96505161.html

Je vous avais laissé entendre que je reviendrais sur la question à la suite d’un nouveau voyage à Cracovie que je devais effectuer. Or, depuis le mois d’avril 2012 où je suis effectivement revenu de Pologne, je n’ai pas pris le temps de le faire (… ou je n’ai guère eu le temps… même s’il est de notoriété publique que les enseignants ne font strictement rien de leurs dix doigts J - voir dans les commentaires de http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-24368500.html -) alors que, pourtant, je m’étais amusé à me livrer à des observations sans aucun lien avec le sujet puisqu’elles concernaient des pierres à cupules vues à Cracovie (http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-pierres-a-cupules-a-cracovie-103507826.html).

La ‘coolitude’ de ma situation nouvelle de retraité (http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-le-canard-vous-tire-se-reverence-pour-partir-en-retraite-113478487.html) et quelques demandes de vous, mes ex-élèves, me poussent à reprendre le sujet.

 

 

Les questions sont finalement très simples* :

 

1.      où finit le service indispensable proposé au ‘visiteur’ d’un camp de concentration ou d’extermination pour déboucher sur l’exploitation touristique de lieux qui n’ont rien à voir avec le tourisme classique... et la manne financière qui y est attachée ?!?

 

2.       Où commence l’attitude déplacée du ‘touriste’ lors de la ‘visite’ de ces camps ?

 

La question 1, je ne l’ai à dire vrai jamais abordée de front ; je me suis jusqu’ici contenté, en gros hypocrite embarrassé que je suis, car je ne sais que trop y répondre, de la glisser subrepticement dans la question 2…  bref : d’éluder le problème ; j’aurais dû faire de la politique J !

 

Un touriste mange, boit… et –pardon- évacue ce qu’il a bu et mangé.

Qu’on le veuille ou non, il faut donc mettre à disposition des visiteurs de plus en plus nombreux (près de 4 000 par jour, 1 405 000 en 2011, soit 25 000 de plus qu'en 2010 venant des pays du monde entier**) de quoi satisfaire ses besoins fondamentaux en restauration et en… toilettes, faute de quoi, c’est un fait bien connu, le touriste standard soulagent sa vessie (et plus si besoin) n’importe où.

A Auschwitz-I (et plus encore à Birkenau), en tout cas hors saison estivale, j’ai observé que toutes les structures de restauration étaient relativement éloignées du camp. Discrétion et réserve semblent donc de mise (il y a m’a-t-on dit une cafétéria dans le complexe d’accueil du Musée ; je ne l’ai pas vue soit qu’elle était fermée, soit qu’elle ait été supprimée).

Restent les toilettes qui, à Auschwitz-I (je ne me souviens pas en avoir vues à Auschwitz-II Birkenau, mais je n’y ayant jamais eu une envie urgente, je ne les ai jamais cherchées), sont situées dans les sous-sol de l’entrée couverte du Musée***. Elles drainent une forte concentration d’usagers et lorsqu’il y a des groupes scolaires ou non, et ils sont nombreux,  il y a un bruit qui, sans être proche de l’infernal, n’est pas très respectueux des lieux : ça parle, ça piaille, ça drague, ça rit, ça se bouscule… 

Après tout n’est-ce pas là le monde des vivants, et les vivants de passage dans des lieux de mort doivent-ils se transformer en morts-vivants pour respecter ces lieux de mémoire ?

Je ne sais plus trop… même si ces toilettes sont installées dans une salle d’attente conçue par les nazis pour accueillir les nouveaux détenus***.

 

Le Musée d’Auschwitz, avec beaucoup de courage me semble-t-il, a entrepris de lister les attitudes jugées les plus choquantes et propose des interdits sous la forme d’icônes. S’y ajoutent des indications sur le site web du musée http://en.auschwitz.org/, dont l’essentiel se trouve sur cette page http://en.auschwitz.org/z/index.php?option=com_content&task=view&id=1&Itemid=1

 

A P4060978b compressé a l'entrée du musee sur le parkin

Le ‘code de la bonne attitude’ selon les autorités du Musée, photographié à l’entrée d’Auschwitz-I. Ce type de panneaux est installé sur plusieurs emplacements tant à Auschwitz qu’à Birkenau.

 

 

Voici donc l’un de ces panneaux qui m’avaient passablement interpellé lors de mon premier passage à Auschwitz –je m’interrogeais sur leur utilité réelle- et que je n’avais pas photographié à cause de pluie et de foule installée entre lui et mon appareil photographique.

 

De gauche à droite et de bas en haut : ne pas fumer ; ne pas circuler en automobile (?? sont-ce réellement les visiteurs qui sont ici visés ou le personnel du Musée ?) ni à vélo ; interdit aux chiens (… interdiction bien classique et logique, mais qui n’en contribue pas moins à expliquer pourquoi certains abandonnent l’animal de compagnie pourtant offert avec amour au petit dernier de la famille) ; ne pas visiter en maillot de bains ou en tenue légère (certes, on conçoit le sens, mais il demeure que lorsque je vois la tenue de nombre de mes compatriotes dans nos villes dès le premier rayon de soleil, je m’interroge sur la perception exacte qu’ils peuvent avoir de cette interdiction ;  nous retrouvons le problème de la délimitation exacte de la tenue inappropriée qui avait conduit les Américains à prendre de bien étonnantes mesures http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-decence-indecence-maillots-de-bains-et-pates-de-sable-47972348.html !) ; la curieuse ‘marmite’ qui suit est en réalité un sandwich dans sa version polonaise pour bien évidemment signifier ne pas manger ou pique-niquer (… chaque année, il y a des visiteurs qui le font, information que je tiens d’une guide du Musée) ; ne pas écouter de musique ; ne pas utiliser de téléphone portable (alors là, avec les jeunes générations… no comment !) ;  ne pas utiliser un flash photographique (attention aux appareils 100% automatiques !) ; ne pas promener bébé dans son landau (… faut-il faire comme pour le chien et l’abandonner sur une aire d’autoroute J ?...  En tout état de cause, le Musée déconseille la visite aux enfants de moins de 14 ans, http://en.auschwitz.org/z/index.php?option=com_content&task=view&id=1&Itemid=1).

 

 

B-_-uwaga-copie-1.jpg 

 

Sur le site web du Musée, se retrouvent les mêmes indications reproduites ci-dessus avec quelques variantes.

La première icône fait partie de ces variantes. ‘Keep silence’… Comme cela paraît totalement irréalisable, ne serait-il pas plus réaliste de demander aux visiteurs de chuchoter ?

L’interdiction de manger est ici renforcée par un verre débordant de mousse / de crème chantilly ( ?) avec une paille ; s’agit-il d’interdire de déguster une glace en visitant, ce qui paraît une évidence pour les individus normalement éduqués, s’agit-il d’interdire de boire ? Si c’est la boisson qui est en cause, nous trouverons un sujet d’étonnement plus loin.

Une icône nouvelle : interdiction de visiter avec des bagages. Cela peut prêter à sourire, mais il y a un type de touristes qui a des difficultés à se séparer de ses bagages : celui qui, voyage sac à dos. Le Musée propose-t-il un système de garde ?

A la 4è ligne nous apprenons que, finalement, il est possible de se promener avec une poussette (ou un landau) à condition de rester à l’extérieur des ‘blocks’, et que photographier et filmer n’est officiellement autorisé qu’en extérieur.

Dernière icône, celle placée dans un triangle. Je reconnais n’avoir aucune idée de sa signification. Serait-ce attention aux pickpockets ? Le personnage de gauche paraît assez costaud (faut-il identifier un homme ?), celui de droite plus fluet (faut-il identifier une femme ?)… mais alors que signifie cette main, et que font-ils qu’il convient justement de ne pas faire sur le site ?

 

Malgré mes quelques commentaires amusés, l’ensemble de ces interdictions ne cesse de surprendre, car il ne s’agit en fin de compte que du simple code de conduite que tout individu normalement cultivé / civilisé / réfléchi devrait avoir à l’esprit en pénétrant en de tels lieux.

 

Je l’ai dit et le répète, certaines de ces consignes ne sont pas respectées bien qu’il ne faille pas amplifier la situation outre mesure. Me concernant, j’ai essentiellement noté un peu de bruit, sans que celui-ci ne déborde dans l’irrespect total  et, surtout, le mitraillage photographique déplacé de quelques-uns.

 

Quelques remarques ont déjà été faites dans mes ‘posts’ précédents pour dénoncer et tenter de comprendre ces débordements. Il semble opportun d’évoquer ici Maya Szymanowska qui, écrivant dans Le Point à la fin du mois de janvier 2012, cite une psychosociologue pour laquelle  rires, paroles fortes et photographies inopportunes pourraient être un moyen de compenser l’horreur des lieux.

 

Dans les bâtiments où sont conservés les effets personnels des victimes, les valises, les prothèses, les cheveux, soigneusement triés par les nazis dans la perspective d'un envoi en Allemagne, les réactions sont imprévisibles : des cris, des pleurs, des rires nerveux*... "Il m'est arrivé de voir les jeunes se photographier sur fond du monticule des prothèses des victimes", raconte Katarzyna Stec, qui a mené des recherches sur le rapport aux photos des visiteurs. Choquant ? La chercheuse souhaite relativiser : "Certains comportements sont dus à une situation de stress et de choc, par exemple parler fort, ou, en ce qui concerne les Coréens, rire à tout bout de champ."

 

Katarzyna Stec a interrogé les jeunes lycéens polonais avant la visite, juste après puis six mois plus tard. Ses résultats montrent que ces adolescents retiennent en priorité l'enseignement historique, et après la visite, ont gardé le souvenir d'une émotion intense. À la suite d'un reportage À Auschwitz, la mémoire étouffée par le tourisme de masse, publié dans Télérama le 14 décembre, Alain Finkielkraut appelait à ne plus aller à Auschwitz pour mieux honorer la mémoire des morts. Une prise de position qui a provoqué une levée de boucliers, pas seulement en Pologne.’

Faut-il visiter Auschwitz ?

http://www.lepoint.fr/monde/auschwitz-pietine-28-01-2012-1424764_24.php

 

Je m’inscris sans réserve dans cette démarche ; il paraît beaucoup plus pertinent de chercher à comprendre l’origine des dérives que de se contenter de les constater, d’accuser sans comprendre et conclure que pour respecter Auschwitz (et les autres camps qui connaissent semble-t-il une situation comparable) il ne faut plus s’y rendre.

 

Parmi ces causes, une me semble fondamentale : l’impréparation du visiteur.

J’en appelle ici au témoignage de Marthe, jeune togolaise qui m’avait laissé un message à la suite de mon ‘post’ http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-auschwitz-et-birkenau-impressions-d-un-pelerin-1-73491567-comments.html#anchorComment.

Bien que je l’ai déjà publié dans les commentaires dudit ‘post’, il me paraît opportun de le répéter ici… sans correction, avec toute la fraicheur orthographique de son auteur(e) ... Oui ! Cela arrive à tout le monde.

 

«  Je viens de découvrir votre article et je peux dire que j'ai pris plaisir à le lire. Toutefois, je tiens à revenir sur certaine chose. Je ne prend pas le contre pied de votre ressenti. Au contraire. J'ai écrit mon billet dans un état bien précis, et pour le comprendre, il faut savoir pourquoi. Je suis togolaise. Pour moi, la deuxième guerre n'était que 3 ligne dans un livre d'histoire. Le mot shoah, je l'ai entendu pour la première fois que dans ce voyage organisé par mon école. Et pour moi, surtout africaine, la deuxième guerre était une réalité abstraite. Je n'avais jamais vu d'image de camps de concentration (Il n'y en a pas dans mes livres d'histoire). Bref, mon billet a été écrit le soir après la visite de Auschwitz. J'en ai voulu à mon école de ne nous avoir pas préparé psychologiquement pour ce que j'allais voir. Et si un seul instant j'avais su que c'est ce à quoi j'assisterai, je n'y serait pas allé. Car pour moi, c'est là ou je vous rejoins, c'est lieux ne devraient pas constituer "un musé" ou n'importe qui pouvait entrer, surtout qu'il y a encore la présence de restes humains. D'ailleurs, quand je suis rentré de ses camps de concentration, je n'en ai publié qu'une seule photo. J'aurais voulu avoir le courage d'en publier toutes celle que j'ai prise, mais je vois derrière chaque cheveux, chaque prothèse, chaque chaussure, chaque valise une personne dont l'âme hantée doit encore trainé dans ses lieux. Et pour moi, le pire a été de nous faire accompagner par des victimes qui pour moi revivraient a chaque mot de la guide, ces moments. Je m'attendais à voir un lieu emprunt d'histoire, mais pas à voir "des restes d'humains". »

 

A lire Marthe, je suis certain qu’elle n’a pas eu un comportement déplacé lors de sa visite mais qui sait si, devant l’horreur de ce qu’elle découvrait, elle n’a pas eu des cris d’épouvante, des commentaires faits à un camarade prononcés un peu trop fort…

Et puis, si je l'entends bien, elle a abondamment photographié puisqu’elle écrit qu’elle n’a pas eu le courage de publier toutes ses photos et elle cite cheveux, prothèses, chaussures, valises.

Autrement dit, elle a eu le réflexe de pudeur non devant les vitrines du ‘Musée’ (je persiste à dire que ce mot est inadapté lorsqu’il s’agit des objets exposés dans les camps nazis), mais une fois rentrée chez elle, en regardant les images.

 

Je finis par me demander si ce type de photos ne pourrait pas s’expliquer par un sursaut de révolte, une sorte de réflexe de cartésianisme du genre ce n’est pas possible, j’hallucine : il faut que je photographie pour vérifier que c’est bien réel.

Pourrait s’y ajouter, ce ne serait nullement incompatible, que le fait d’utiliser un appareil photographique crée une sorte de filtre entre l’observateur bouleversé et l’horreur de ce qu’il regarde. On a écrit mille fois que le téléphone portable-appareil photo est le prolongement de la main, or ne porte-t-on pas la main –avec ou sans appareil photographique- devant les yeux pour se protéger d’une vision insoutenable ?

 

Et pourquoi ne pas demander à Marthe ce qui l’a motivé ?

Je réalise en effet subitement (papy doit avoir des neurones fatigués J) que Overblog offre la possibilité de contacter ceux qui laissent un commentaire.

J’espère qu’elle n’a pas changé d’adresse électronique.

J’en profiterai pour lui demander quelques précisions. J’avoue que j’ai des difficultés à concevoir qu’elle n’avait jamais entendu parler de la Shoah avant son voyage scolaire. De plus, si son programme d’histoire ne comportait pas cette question, comment se fait-il que des collègues lui aient proposé un tel voyage ?

 

Affaire à suivre…

 

Vous pourrez suivre l' 'affaire' en question en vous rendant en bas de cette page et en lisant les commentaires. Vous y verrez comment Le Canard a fait un gag   !

J'ai bien contacté Marthe par courriel et elle m'a répondu...  Mais ce n'est pas une élève scolaire comme je le pensais, mais une jeune femme qui, à l'époque où elle m'avait laissé son commentaire, faisait des études dans une école de journalisme...  

 

 

 

Pour clore ce ‘post’, il me reste à souligner qu’il faut cesser d’accuser les jeunes visiteurs.

Les 'Anciens' n’ont pas toujours l’attitude que l’on serait en droit d’exiger d’eux, de leur âge, de leur expérience.

En avril 2012, j’ai observé des adultes qui parlaient très fort entre eux, qui filmaient les vitrines tout en faisant des commentaires à haute voix sur leurs contenus afin qu’ils soient enregistrés avec les images de leur satanée machine.

Je verrais volontiers là une dérive provenant des médias qui, depuis quelque 20 ans, photographient et filment sans la moindre pudeur, sans la moindre retenue toutes les horreurs de l’actualité ou du scénario qu’ils mettent en images en éclaboussent de sang les écrans de cinéma ou de télévision*.

Il y a quelques jours, je regardais je ne sais plus quel navet sur le téléviseur familial. Une femme s’y suicide avec une arme à feu : trucages et effets spéciaux se crurent obligés de montrer pendant une fraction de seconde le crâne qui se soulevait, la tête qui explosait.

Le comble est que je conçois tout à fait que l’on puisse ‘s’amuser’ à réaliser de tels effets spéciaux. Sur le plan technique, ce doit être passionnant. Mais, objectivement, quelle en est la finalité à l’égard du récit… et n’insistons pas sur la banalisation de la violence ?!

 

Adultes toujours en cause : ceux qui ont ouvert la porte au commerce dans le site même d’Auschwitz-I,  de surcroît juste en face du tristement célèbre ‘block 11’…

P4061008acorrection2 compresse Block 11 et cour entre Block

 Le 'Block 11' est LE passage obligé dans un ‘circuit de visite’ (je persiste à préférer le terme de pèlerinage) d’Auschwitz-I du fait de la densité d’horreurs qui s’y perpétra. Ce sont en effet dans ses sous-sols que furent organisés ce qui compte parmi les premiers essais de gazage de masse par les nazis. Le bâtiment servit encore de prison et de tribunal où se rendaient des jugements expéditifs à la peine capitale qui conduisaient le condamné devant le 'mur noir' que l’on aperçoit sur la photographie par une large porte ouverte dans le mur, au fond de la cour située entre les blocks 10 et 11. Après qu’il ait été contraint de se mettre nu (volonté de lui ôter ses derniers restes de dignité et probablement souci de récupérer ses vêtements), il était bien sûr fusillé.

 

 

 P4061009c compresse et flouté

 C’est donc juste dans l’axe de la porte d’accès au Block 11 –en en sortant, il est impossible de ne pas la voir-, passage obligé pour les visiteurs il convient de le répéter, qu’a été ouverte une boutique. Etait-elle fermée, ne l’avais-je pas remarqué tant j’étais songeur et perturbé ? En tout cas je n’avais pas constaté la présence de ce commerce dans le camp lui-même lors de mon passage en 2011.

 

 

 

 P4061009eebis essa compressei

 

 P4061009f compresse

 

Y sont essentiellement  vendus des livres, de la pellicule photographique ( ?... cela laisserait entendre que la boutique existe depuis des années…), des parapluies (que voilà une riche idée J !!) et des boissons…  d’où l’observation faite ci-dessus concernant l’icône visant à éventuellement interdire de boire dans le camp (… ou d’y déguster une glace débordant de chantilly).

 

 

Le tourisme de masse à Auschwitz ?

Je ne sais plus qu’en penser puisque les autorités du Musée elles-mêmes acceptent que soit fait du commerce dans le camp lui-même et que la boutique a été installée en face du ‘block’ le plus visité.

Faut-il y voir une stratégie commerciale authentique et totalement déplacée consistant à déterminer l’emplacement le plus vendeur d’Auschwitz-I…  ou la simple idée de trouver l’endroit le mieux placé pour rendre service aux passants (la vente de parapluies peut être effectivement un véritable service ! J) ?

 

Que ce soit pour rendre service ou par esprit de lucre, je trouve cette idée au moins aussi déplacée que tous les comportements discutables que j’ai pu observer auprès des visiteurs.

 

De plus, si Auschwitz s’ouvre à l’esprit de lucre, pourquoi avoir refusé que Steven Spielberg tourne La Liste de Schindler à Birkenau sous le porche et sur la Bahnrampe (http://le-bosse-fort.over-blog.com/article-auschwitz-lieux-d-arrivee-des-deportes-79062448.html, voir la note ‘* ajout du 9/12/11’) ?

La politique du Musée a-t-elle changé ?

 

 

 

Ajout du 17 février 2016 - Au sujet de l’usage discutable de la photographie dans les camps de la mort, voir http://le-bosse-fort.over-blog.com/2016/02/auschwitz-je-clique-donc-je-suis.html

 

_______________

*Pardon ex-collègues et autres pédagogues supposés de notre temps de passage sur ce blog, je refuse désormais obstinément de me prendre la tête avec la problématique !... Ah la problématique : quelle innovation !! J… plutôt -> L, oui ! Vive la retraite où je ne connais plus que des problèmes et de simples questions et vous, jeunes gens, reconnaissez que je ne vous ai jamais imposé cette démarche que je trouve passablement stupide, exigeant simplement de vous un questionnement.

 

** http://www.lepoint.fr/monde/auschwitz-pietine-28-01-2012-1424764_24.php. Pour fixer un peu la situation, la Tour Eiffel voit passer 7 millions de touristes par an (http://globometer.com/tourisme-tour-eiffel.php ) et la Joconde en voit défiler 15 000 par jour (http://www.planetoscope.com/Etonnant/314-nombre-de-personnes-qui-admirent-la-joconde-au-louvre.html ). Mais Auschwitz est plus visité que l’Acropole (environ 1.1 million de visiteurs en 2009, moins d’un million de touriste en 2010 http://www.lapresse.ca/voyage/destinations/europe/grece/201105/19/01-4401073-grece-le-site-de-lacropole-ouvert-aux-touristes-onze-heures-par-jour.php)

 

***Jean-François Forges et Pierre-Jérome Biscarat (Guide historique d’Auschwitz, Ed. Autrement, 2011 –ISBN : 978.2.7467.1484.7-, p. 39 –plan- et 41) indiquent que le complexe d’entrée du Musée actuel était un bâtiment d’accueil des détenus comportant notamment des douches et que les toilettes d’aujourd’hui ont été installées dans ce qui fut une Warteraum für Zugänge (salle d’attente).

 

*.Ajout du 14 février. Un chômeur s'immole devant une agence de Pôle emploi à Nantes http://actualite.portail.free.fr/france/13-02-2013/un-chomeur-s-immole-devant-une-agence-pole-emploi-a-nantes/ -> à la TV cela donne l'image de l'Agence concernée + vues insistantes de traces d'incendie sur le sol... Et l'on s'étonne ensuite que certains visiteurs fassent des photos ou du film des fours crématoires reconstitués d'Auschwitz-I ? Pour ma part, j'y vois le même type de démarches absente de toute pudeur, de toute retenue...

 

*Ajout du 26 février.  Concernant les rires, il est peut-être bon de dire une fois encore qu'ils peuvent être une défense face à une situation douloureuse, face à l'horreur. De plus, il n'est sans doute pas inutile de rappeler ce qu'écrivait Hermann Langbein (Hommes et femmes à Auschwitz, disponible notamment dans la collection Texto / Le goût de l'histoire, Tallandier 2011,  pp. 470-471). Pour les besoins d'une enquête, il se rendit à Ramla (Israël) en 1968 pour rencontrer une vingtaine d'anciennes détenues qui avaient presque toutes eu un travail de bureau et qui n'avaient donc pas fait partie des 'derniers échelons de la hiérarchie du camp, [qui avaient été] à l'abri de la faim'. Il constata qu'aucune d'entre elles n'étaient disposer à témoigner car elle s'amusèrent, rièrent et échangèrent leurs souvenirs les plus cocases. Il observe alors comment l'esprit humain qui n'a pas trop souffert -voir p. 470 comment, grâce à un témoignage, il démonte le dicton selon lequel le temps efface toutes les blessures- minimise le passé le plus douloureux au profit des souvenirs capables de faire rire... revenant ainsi à une démonstration du dicton précité. L'esprit humain est une bien étrange machine dont nous n'avons toujours pas percé les secrets. Finalement, sauf cas de visiteurs se racontant les dernières blagues à la mode, les rires des 'touristes à Auschwitz' m'interpellent plus qu'ils ne me choquent.

 

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commentaires

Marthe 05/02/2013 12:29

Pourquoi as-tu photographié à Auschwitz ?

J'ai photographié et fait des vidéos à Auschwitz au début parce que je voulais monter un portfolio que je mettrai sur mon blog pour mes lecteurs. La majorité sont géographiquement situé en Afrique
et j'ai supposé que la plupart comme moi aurait voulu mettre des images sur la deux!ème guerre mondiale et découvrir comme moi la Shoah. Le Togo est un pays qui a été morcelé suite à la deuxième
guerre mondiale parce que Colonie Allemande. C'est tout ce que je savais. Mais je voulais montrer à mes semblables une autre facette de cette guerre.
Mais ça c'était, c'était avant d'entrer dans ses lieux. Quand nous avions commencé la visite, la gravité de ce que j'entendais (et que je revivais dans ma tête) me faisait couler des larmes que je
dissimulais. Au point où à un moment donné je me suis dit qu'il serait convenable d'arrêter de filmer, même si à la fin j'avais un devoir à rendre à l'école.

Comment se fait-il qu’avant ce voyage scolaire jamais personne ne t’ai parlé de la Shoah ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, mes livres d'histoire ne contiennent pas de paragraphe sur la Shoah. Je suis togolaise, ayant effectuée une partie de ma scolarité (jusqu'au bac) dans mon
pays d'origine. Comme je l'avais dit tantôt, la deuxième guerre mondiale nous est enseigné de manière très différente. On nous apprend l'impact de cette guerre sur notre pays. Pas plus. La Shoah
n'est évoqué que comme un détail de cette guerre, si bien sûr un enseignant l'évoquait. Je ne connaissais même pas le mot Shoah avant ce voyage. Donc pour moi c'était une réalité totalement
abstraite. D'ailleurs, un autre africain que moi qui faisait aussi parti de la visite a eu la même réaction. (Voici le lien:
http://tresork.wordpress.com/2011/01/24/un-africain-a-auschwitz-birkenau-et-majdanek/)
La seule différence est que lui il connait la guerre. Moi je ne me souviens pas avoir vu un mort de toute mon existence, aussi petite que soit elle. Et je n'avais jamais imaginé que la Shoah était
synonyme d'intelligence humaine au service de la méchanceté.

En quelle classe étais-tu lorsque tu as participé à ce voyage ?

J'étais en 2è année de Master dans une école de journalisme.

Mr Canard 05/02/2013 14:07



OOOOOOOOOOOOooooooooooooooouuuuuuuuuuups !


 


Pardon Mathilde ! Je suis désolé ! J’avais cru comprendre que vous étiez d’origine
togolaise scolarisée en France, que vous aviez autour de 16 ans et que votre maman était passée derrière vous pour vous aider à rédiger le commentaire que vous m’aviez laissé, le style n’étant
pas celui d’une adolescente.


 


Merci en tout cas de votre réponse dont le contenu n’entre pas dans le cadre du propos qui
est le mien dans ce post : l’attitude que certains reprochent aux jeunes lycéens à Auschwitz.


 


Vous, vous étiez dans le cadre d’un reportage ce qui est totalement différent. Ici la prise
de photographies se justifie tout à fait me semble-t-il. Et si les atrocités de la Shoah sont mal connues au Togo, je ne saurais que trop vous engager à la faire connaître en publiant vos images
avec des commentaires vigoureux… dans l’espoir que la prise de conscience soit mondiale et que l’humanité ne recommence pas ce type d’horreurs.


 


Encore navré du quiproquo qui a au moins le mérite de montrer que tout individu censé qui
passe à Auschwitz est totalement bouleversé quel que soit son âge.


 


Bien cordialement